C’est une grande épopée qui emmène comme le titre l’indique sur Un Océan, deux mers, trois continents. Wilfried N’Sondé raconte l’histoire de Nsaku Ne Vunda, né en 1583 le long du Kongo, devenu Dom Antonio Manuel depuis son ordination. Appelé par le pape au Vatican, le jeune prêtre s’embarque sur un bateau, rempli d’esclaves, qui navigue vers le Brésil pour rejoindre Rome. Wilfried N’Sondé signe un roman d’aventures qui a reçu neuf prix depuis sa publication en 2018. Dom Antonio Manuel va se construire au fil des événements heureux et tragiques dans une époque sombre. Accompagné de son frère, Serge N’Sondé, l’auteur lit Un Océan, deux mers et trois continents samedi 12 octobre à La Rotonde à Fauville-en-Caux lors du festival Terres de Paroles. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a ému dans l’histoire de Nsaku Ne Vunda ?

Quand j’ai pris connaissance de son existence et de son histoire, j’ai été frappé par l’aspect romanesque. Par ailleurs, j’ai appris il y a deux ans que j’étais un descendant de marchand d’esclaves. La vie de ce personnage m’a permis d’avoir un regard nouveau sur l’esclavage. Antonio Manuel a été témoin de cette tragédie donc il a un point de vue. En tant que prêtre, natif du Congo, il a un regard universel sur cette histoire. Il a alors été évident pour moi d’écrire un roman et non un pamphlet. Je voulais travailler sur le ressenti d’un individu qui est là malgré lui et qui ne sait pas ce qui l’attend. Sa mission : aller à Rome. Pour cela, il va devoir passer par le Nouveau Monde et voyager avec une centaine de femmes et d’hommes enchainés. 

Comment avez-vous retrouvé les traces de ce prêtre ?

Mon frère est historien, spécialiste du Congo. Dans un ouvrage, il y a une évocation de cet homme. Le pape voulait un prêtre africain au Vatican. Dom Antonio Manuel a laissé très peu de traces. J’ai inventé des hasards. Ce roman est le fruit de sept années de travail. Il a fallu que je construise ce personnage qui évolue au fur et à mesure des péripéties vécues. Il m’a guidé dans cette aventure.

Et aussi dans une période sombre.

C’est une période très dure, notamment pour les femmes, qui annonce notre époque. Elle est marquée par le début de ce système dans lequel tout est prétexte à faire de l’argent. Cela commence par l’être humain, considéré comme une marchandise. Nous sommes dans les prémices du capitalisme sauvage. Peu importe ce que l’on est. Le plus important est ce que l’on vaut. Le XVIIe siècle est l’état brut du monde d’aujourd’hui.

Au début du roman, vous faites de Dom Antonio Manuel un personnage naïf. Pourquoi ?

Oui, il est très naïf. Il va se forger un caractère au fil du périple. La connaissance fait qu’il se construit, enrichit sa perception du monde. Il y a le voyage mais aussi les rencontres, les expériences. J’ai voulu également un roman d’apprentissage. Il apprend dans la douleur, dans l’émerveillement et dans la douceur.

Pourquoi avez-vous choisi de raconter cette histoire à la première personne ?

J’avais envie de rester dans un texte subjectif. Je ne voulais pas donner des leçons générales. C’est le regard d’un homme sur une histoire. C’est pour cela que j’aime le roman. Je donne une subjectivité et à chacun de se faire sa subjectivité. Je pense que c’est aussi plus honnête.

Qu’est-ce qui a changé votre regard sur l’esclavage ?

J’ai découvert un personnage qui a remis en cause une partie de mes certitudes. Par exemple, le pape qui veut la présence d’un prêtre africain. A cette époque, il y a des personnes aussi importantes qu’un pape qui voit les Africains autrement que comme des marchandises. Il y a aussi les matelots dont le sort est peu enviable. Ce sont les victimes collatérales. Tout cela apporte plus de complexité à l’histoire de la traite des Noirs.

Pendant le festival Terres de paroles, vous lirez votre roman. Pourquoi ce choix ?

Chaque rencontre littéraire est importante. On gagne beaucoup à partager un livre à voix haute. Cela suscite des émotions. Je ne vais pas présenter un résumé mais un concentré afin que chacun se rende compte du roman. Je le ferai avec mon frère qui a composé la musique.

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