Bernard Menez est comédien et chanteur. Il sera le guide de Cuisine & décadence, une des deux propositions artistiques de Tous Azimuts !, événement culturel de la scène nationale de Dieppe, conçu par la metteure en scène de la compagnie L’Envers du décor, Karelle Prugnaud. Bernard Menez a souvent tenu des seconds rôles dans des comédies populaires, s’est retrouvé à la première place du Top 50 avec sa chanson Jolie Poupée. C’est juste une facette d’une longue carrière d’un ancien professeur de mathématiques, de physique et de chimie passé par la Comédie-Française. Entretien.

 

Quel guide serez-vous à Dieppe ?

Je vais devoir illustrer les différents endroits par lequel le petit train doit passer. Je n’oublie pas que c’est un itinéraire gustatif. Je suis en ce moment au travail avec le texte d’Eugène Durif qui va me servir de point de départ. Il y aura aussi un peu d’improvisation. J’espère autant intéresser qu’amuser le public. Il n’est pas question d’être didactique comme peut l’être un professeur. Lors de cet événement, il y a une personne qui dirige tout ça et je vais aller dans son état d’esprit.

 

C’est un travail singulier. Vous n’avez que trois jours de répétition.

Oui mais cela ne se déroule pas dans une extrême urgence. Nous nous sommes déjà beaucoup parlés. nous avons répété un peu avant. C’est vrai que nous n’allons pas nous retrouver dans le confort d’une scène nationale. Ce n’est pas une pièce de théâtre mais un événement culturel qui doit être original, vivant. Pour l’instant, je n’ai pas encore bien compris mon rôle. Je sais que je ne dois pas être un guide ordinaire. Je dois mettre l’oeil, l’oreille et la bouche en éveil.

 

La cuisine est au coeur de Tous Azimuts !.Êtes-vous un gourmand ?

Je suis quelqu’un qui apprécie les mets raffinés. En fait, je suis plus gourmet que gourmand. Je ne fais pas la cuisine. Je n’aime pas ça

 

Vous jouez beaucoup au théâtre. Est-ce que vous vous autorisez régulièrement des plages d’improvisation ?

Quand j’apprends un texte, je le respecte. Sans pour autant cependant m’interdire quelques improvisations. Tout dépend du rôle.

 

Comment choisissez-vous vos rôles ?

J’essaie de faire les choses qui m’attirent. La première chose qui retient mon attention, c’est l’originalité du projet et le talent des personnes qui le portent. Je vais jouer dans L’Étrange Destin de M. et Mme Wallace de Jean-Louis Bourdon. C’est un drame qui se déroule au temps du Ku Klux Klan. Je joue avec Marianne Epin, issue de la Comédie-Française. Marion Bierry met en scène. Je vais être entouré de personnes de qualité. J’ai un autre projet : le tournage de Black Snake de Thomas N’Gijol et Karole Rocher qui va se dérouler en Afrique du Sud. Je vais être président de la République. Pour ce projet, tout était réuni pour que je puisse dire oui tout de suite. Ce sont deux jeunes artistes qui me donnent confiance.

 

Comment appréhendez-vous chaque rôle ?

Au cinéma, je lis le scénario. Je discute avec le réalisateur. Après, je me laisse guider en me mettant au service du rôle. Le théâtre me demande une plus grande préparation parce que j’ai une très mauvaise mémoire. Comme j’ai souvent des rôles importants, voire des premiers rôles, j’ai une responsabilité très grande. Il ne faut pas oublier qu’au théâtre, les représentations reposent sur les épaules des interprètes. Pour moi, c’est assez douloureux. Pour chaque pièce, je dois fournir des efforts considérables pour apprendre mon rôle. Quand on est passionné, on y revient.

 

Vous êtes toujours resté fidèle au théâtre.

Toujours. j’ai commencé le théâtre à l’âge de 15 ans. J’étais amateur. Je suis ensuite devenu semi-professionnel. Le théâtre a été ma vocation de base. J’ai toujours voulu en faire. Le cinéma, aussi. Et ce, grâce à Jacques Rozier. Quand j’ai commencé le théâtre, j’ai tellement aimé ça que je ne pouvais faire autrement. Je l’ai mis au coeur de ma vie. Durant toutes ces années, j’ai pu faire de belles rencontres, jouer des rôles intéressants. Je raconte tout cela dans une autobiographie, Et encore je ne vous ai pas tout dit.

 

Vous vous êtes présenté plusieurs fois aux élections législatives. Que pensez-vous de la campagne pour les élections présidentielles ?

Le spectacle que je vois est désastreux. Le fond du problème est simple : c’est la répartition des richesses. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, il existait un écart entre les riches et les pauvres. Depuis, cet écart n’a cessé de s’agrandir. Ce qui crée des révoltes. Aujourd’hui, nous avons un bon exemple en Guyane.

 

La culture est absente des débats. Cela vous met aussi en colère.

La culture passe en effet à la trappe. Cette élection est lamentable. Chaque candidat fait un catalogue de promesses. on le sait : les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien les croire. Ce qu’on entend aujourd’hui est inenvisageable.

 

Vous vous êtes aussi beaucoup investi pour préserver le statut des intermittents.

Oui, je me suis battu activement. J’ai fait partie du comité de suivi à l’assemblée nationale. Il ne faut pas oublier que la culture est un fer de lance de notre prestige à l’étranger. Certains disent que l’intermittence coûte cher. Or c’est une goutte d’eau dans le budget total. Comment peut-on dire que les artistes sont des profiteurs. ils ont juste un statut spécial afin qu’ils vivent de manière décente.

 

 

La programmation de Tous Azimuts !

  • Cuisine & décadence : vendredi 7 avril à 18h30, samedi 8 avril à 18h30 à l’ancien collège des Oratoriens, 31-33 quai Henri-IV à Dieppe
  • La Cuisine des enfers : vendredi 7 avril à 20 heures, samedi 8 avril à 20 heures à DSN à Dieppe
  • Tarifs : 30 € une soirée, 50 € les deux soirées Réservation au 02 35 82 04 43
  • Spectacles à partir de 16 ans