Il exerce une discipline artistique qui compte seulement une vingtaine de personnes dans le monde. Philippe Beau est ombromane. Il réalise des ombres chinoises d’animaux et de personnages avec l’ombre de ses doigts placés devant une source lumineuse. C’est un créateur, un performeur qui berce d’illusions, qui éblouit grâce à la dextérité de ses mains. Des mains que l’on peut voir dans des spectacles de théâtre, de danse, d’opéra, dans des clips, des publicités. Philippe Beau enchaîne les lapins, les oiseaux, les hommes avec un cigare, les femmes aux cheveux ondulés. Lors du festival Spring, il propose du 18 au 23 mars dans l’agglomération rouennaise des Flashs magiques, une rencontre avec le public, une découverte de l’ombromanie.

 

Quel lien existe-t-il entre l’ombromanie et la magie ?

L’ombromanie est un art annexe de la magie. Comme la ventriloquie, la sculpture sur ballon… Il existe donc un lien. D’autant que les ombromanes étaient aussi des magiciens. Les deux disciplines demandent une certaine dextérité des doigts.

 

Connaît-on les origines de l’ombromanie ?

J’ai fait des recherches sur les origines. La mise en place de l’ombromanie est tellement simple que je présume que cette discipline remonte à la préhistoire. Les hommes devaient jouer avec la lumière de la lune, avec celle du feu. Il n’y a pas vraiment de traces des origines. L’ombromanie est surtout un voyage dans un cadre intime. C’est très tard qu’elle est amenée sur les scènes du café théâtre.

 

Quel lien y a-t-il aussi avec le cinéma ?

A la fin du XIXe siècle, tout a coïncidé avec l’arrivée de l’électricité. On pouvait projeter en grand dans les salles. Il y avait beaucoup de spectacles d’ombres et le public adorait ça. Le cinéma a bouleversé les choses. Ce fut une sorte de révolution. L’image magique était davantage portée par le cinéma.

 

Est-ce que l’ombromanie est si simple ?

C’est comme l’apprentissage d’un instrument de musique. Si vous voulez juste jouer quelques mélodies, c’est facile. En revanche, lorsque vous voulez interpréter une œuvre musicale dans son intégralité, il faut travailler. En ombromanie, réaliser un oiseau, un loup, c’est très rapide. Quand on veut écrire une mise en scène, créer des silhouettes, cela demande des années de travail, de précision. Mon premier spectacle que j’ai présenté à 18 ans a nécessité 4 ans de recherche.

 

Certains ombres demandent des années de travail.

Il y a certaines ombres que l’on voudrait voir apparaître et qui sont difficiles à obtenir. Comme celles de personnages. Il faut trouver la bonne position des doigts. Après, il faut mémoriser la position des doigts.

 

Comment s’acquière la mémoire des doigts ?

Il n’y a pas de règle. C’est aussi comme un instrument de musique. Il faut répéter. Il y a alors quelque chose de naturel avec son propre corps. On peut aussi établir plusieurs correspondances avec la danse. L’ombromanie, c’est une micro-danse. Même si au final, on crée une image figurative. Mais, avant cela, il y a beaucoup de mouvements, des enchaînements de formes, des transformations.

 

 

 

Comment prenez-vous soin de vos mains ?

Je suis très à l’écoute de mes mains. Je peux répéter pendant des heures. Quand je ressens une fatigue, une sorte de lassitude, je me repose. Au quotidien, je fais des choses simples. J’évite de porter des choses lourdes. Pour ne pas mettre mes mains en tension. Comme je ne suis pas sportif de nature, ça va.

 

Être ombromane, c’est travailler seul, dans le noir. Comment vivez-vous cela ?

Ce n’est pas simple. Je ne suis pas dans une solitude totale. J’ai toujours aimé le cinéma. Je me crée mes propres films. Il y a aussi le public. Pendant les spectacles, je suis toujours devant l’écran et avec le public. Il n’y a rien de secret. Contrairement à la magie. L’ombromanie permet une transparence qui procure un plaisir. On fait appel à l’imaginaire des spectateurs. A lui de se faire son propre film. Par ailleurs, je travaille également avec des metteurs en scène, des chorégraphes. On me sollicite sur divers projets. Je suis très ouvert. La discipline de jeux d’ombre est universelle.

 

Vous créez des ombres. Quelle attention portez-vous à la lumière ?

La lumière, la nature de la lumière sont très importante. Est-elle nette, floue, rasante ? Elle est fixe dans mes spectacles en solo. Je travaille aussi avec des lumières mobiles. Elle devient alors une sorte de caméra qui me permet de faire des gros plans ou des travellings. On revient là au langage du cinéma.

 

Y a-t-il des ombres impossibles à réaliser ?

Oui, il y a des choses impossibles : tout ce qui n’est pas vivant. C’est comme si le vivant pouvait seulement créer le vivant. Une table, une chaise, ça ne fonctionne pas parce que tous ces objets sont faits d’angles. Nous, nous sommes faits de rondeurs. Ce qui me fascine le plus, c’est le mouvement qui permet de créer l’illusion.

 

Les dates

  • Samedi 18 mars à 20 heures à la salle des fêtes à Belbeuf. Gratuit
  • Mardi 21 mars à 19 heures à l’espace Yannick-Boitrelle à Saint-Léger-du-Bourg-Denis. Gratuit
  • Jeudi 23 mars à la médiathèque Boris-Vian à Grand-Couronne. Gratuit