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Le collectif fait la force

photo : Cédric Demaison

C’est un épisode historique qui est passé sous silence. Le blocus de l’île de La Réunion pendant la Seconde Guerre mondiale est le sujet de départ de la nouvelle création de Cirquons Flex. À l’issue d’une résidence, la compagnie réunionnaise présente les deux premières représentations de Radio Maniok les 5 et 6 avril au cirque-théâtre à Elbeuf pendant le festival Spring.

Les artistes de la compagnie Cirquons Flex ignoraient tous ce fait historique. Jusqu’alors, personne ne leur avait raconté Les Années terribles. Pas leur famille, pas les enseignants non plus. Il y a des événements, comme celui-ci, que certains préfèrent taire. Les circassiennes et circassiens de l’île de La Réunion qui mènent des résidences de territoire ont rencontré en 2014 M. Nativel. L’homme de 80 ans, habitant du petit village du Dos d’âne dans le haut de La Réunion, leur narrent ces deux années de blocus maritime décidé par les Anglais pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux années sans une arrivée de bateaux et sans ravitaillement. Les Réunionnais et Réunionnaises ont vécu une famine.

« Cette histoire a résonné dans notre collectif. Elle pose la question de l’autonomie, de la prise de risque seul ou ensemble, de l’urgence à trouver des solutions en commun. M. Natival nous a raconté des moments terribles mais aussi de belles choses, comme la solidarité, l’entraide, le courage », se souvient Vincent Maillot, cofondateur de la compagnie avec Virginie Le Flaouter. Alors la solidarité, l’entraide, le courage, autant de valeurs intrinsèques au cirque.

En équilibre

Cette tragédie, Les Années terribles, est revenue en mémoire pendant les confinements. « Nous nous sommes retrouvés bloqués sur un caillou, remarque le circassien. Il nous arrive régulièrement d’être enfermés pendant plusieurs jours. Nous sommes habitués aux catastrophes. Les cyclones passent de manière régulière sur l’île. Il y a toujours toutes sortes de réactions ».

Le collectif Cirquons Flex a ainsi passé une commande d’écriture à Gilles Cailleau qui s’est inspiré des Affamés de Saint-Denis, un récit de Victor de La Rhodière, et de quelques témoignages. Radio Maniok est présenté sur une piste circulaire les 5 et 6 avril au cirque-théâtre à Elbeuf pendant le festival Spring. Radio pour rappeler toute l’importance de ce média, seul lien avec l’extérieur quand les habitants sont coupés du monde. Et le maniok, « c’est la plante qui a été remise au goût du jour. Avant le blocus, nous dépendions des importations du riz et du blé. Le maniok a été replanté en urgence », indique Vincent Maillot.

Radio Maniok est une grande fresque en plusieurs tableaux vivants où se croisent le théâtre, la musique, le cirque et la danse, où les huit artistes s’interrogent dans un langage commun sur une autonomie, l’écologie, la générosité, la fraternité… « Les corps peuvent être entassés, jetés, tenter d’être en équilibre dans une forme précaire. Le moindre mouvement peut vous faire tomber ». Radio Maniok évoque autant un passé plus ou moins lointain qu’un avenir en s’interrogeant sur ce qui fait société.

Infos pratiques

  • Vendredi 5 avril à 20h30 et samedi 6 avril à 18 heures au cirque-théâtre à Elbeuf
  • Durée : 2 heures
  • Spectacle à partir de 8 ans
  • En audiodescription lors de la représentation du 6 avril
  • Tarifs : 17 €, 13 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 32 13 10 50 ou sur www.cirquetheatre-elbeuf.com