Şatellites : un groove stellaire

Photo : Dorian Kerido

Les Israéliens de Şatellites sont à l’affiche du Tetris au Havre jeudi 27 mars puis du Kubb à Évreux samedi 29 mars. Un retour sur le psychédélisme turc des années 1970 avec ce groupe aussi étonnant que détonnant.

Historiquement, Jaffa, situé au sud de Tel Aviv, était réputé pour être un lieu de mixité et une terre d’accueil mais aussi un port de commerce convoité. Aujourd’hui rattachée à la capitale, sous l’appellation Tel Aviv-Jaffa, la ville conserve les traces de cette longue période d’invasions diverses porteuses de nombreuses traditions. C’est cet héritage culturel, riche et varié, que l’on trouve dans la musique de Şatellites dont la tournée passe par le Tetris au Havre jeudi 27 mars puis par le Kubb à Évreux le samedi samedi 29 mars. Deux dates dans la région après celle de Rouen en octobre dernier. Il faut croire que le public normand est réceptif à ce groupe israélien aux fortes inspirations psychédéliques.

Brassage culturel

Pourtant Şatellites ne joue pas sur le terrain le plus lisse du rock et de la pop. Le groupe décrit sa musique comme « perdue quelque part entre les ruelles mystérieuses d’Istanbul dans les années 1970 et le soleil brûlant sur la mer bleue cristalline de Tel Aviv-Jaffa », une formule poétique pour évoquer le brassage culturel proposé par les sonorités traditionnelles turques couplées à celles de l’acid rock. Le son acoustique du saz, une sorte de luth turc à long manche et à quatre cordes, prend ici un virage électrique sous les doigts agiles du musicien Itamar Kluger qui se lance dans de grandes envolées exaltantes, quasi improvisées mais toujours parfaitement maîtrisées. 

Cet instrument typique reconverti en générateur de sons psychédéliques apporte une dimension sonore hypnotique voire cosmique comme on pouvait l’entendre dans les arrangements de Emin Findikoglu et de Onno Tunç, dans le groove affolant de Mustafa Özkent Ve Orkestrası, figures emblématiques de la scène psyché turque des seventies. Afin de varier les ambiances tout en restant dans le même registre, Kluger change d’instruments et remonte franchement le temps avec un bouzouki grec à cordes doubles comme le faisait à l’époque Karlı Dağlar. Là encore, on voyage dans le temps, ne sachant jamais où Chronos se situe. 

Une chanteuse charismatique

Résumer Şatellites à la seule personne de Itamar Kluger serait toutefois restrictif ! Six musiciens composent le groupe et chacun tient une place non négligeable, à commencer par la charismatique chanteuse Yuli Shafriri. Impossible de ne pas la voir tant elle tient la scène et porte le groupe. Lors du concert au 106, le public était comme hypnotisé par la voix de la frontwoman mais aussi par des chorégraphies inspirées des dancefloors psychédéliques. Mélopées et murmures complètent une gestuelle à la fois sensuelle et magnétique. Et quand le saz reprend le pouvoir, Yuli l’accompagne d’un tambourin agile. Les quatre autres membres du groupe fournissent le socle rythmique avec une aisance métronomique mais s’octroient aussi certaines libertés pour libérer les chansons de leur aspect répétitif. 

Si les Israéliens ont démarré leur jeune carrière et se sont fait connaître en enregistrant un album de reprises, incorporant au passage quelques chansons traditionnelles relookées pour l’occasion, ils composent depuis leur propre répertoire et maîtrisent très bien les codes du genre sur leur second opus Aylar. On peut d’ailleurs les situer dans la lignée des artistes de la scène stambouliote actuelle tels que Gaye Su Akyol et Lalalar. On est proche également des Néerlandais de Altın Gün qui ont remis au goût du jour ce son si spécifique des seventies turcs. Şatellites ne possède pas encore la notoriété de ses prédécesseurs mais miser sur leur avenir ne serait pas un mauvais pari tant il émet déjà de très bonnes ondes musicales. 

Infos pratiques

  • Jeudi 27 mars à 20 heures au Tetris au Havre. Première partie : Oklan & La Vipère rouge. Tarifs : 12 €, 8 €. Réservation au 02 35 19 00 38 ou sur www.letetris.fr
  • Samedi 29 mars à 20 heures au Kubb à Évreux. Première partie : Mansions’s Cela. Tarifs : de 14 à 10 €. Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com
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