Le Bavar : « nous aimons faire mentir les statistiques »

Photo : DR

Depuis trente ans, La Rumeur a trouvé une place à part sur la scène hip-hop française. Le trio, formé par Le Bavar, Ékoué et Hamé, a toujours abordé divers thèmes sociaux brûlants avec non seulement un sens de la rime mais aussi des punchlines percutantes. Chaque disque est un acte de résistance. L’univers de La Rumeur est sombre mais le flow donne de l’élan. Le crew qui fait des allers et retours au cinéma a enrichi sa discographie en 2023 avec Comment rester propre ?. Il publie à nouveau en vinyle Du Cœur à l’outrage, sorti en 2007. La Rumeur est en concert samedi 25 octobre à La Traverse à Cléon. Entretien avec Le Bavar.

La Rumeur a 30 ans. À quoi tient cette longévité ?

Elle tient au travail et à cette forme de rap atypique. Nous avons voulu être en dehors des formats préétablis. La Rumeur, c’est du rap à texte. À chaque fois, nous avons taché de prendre nos meilleures plumes. Nous sommes aussi allés chercher d’autres formats en live et dans l’audio-visuel.

Dans les albums, votre écriture est ancrée dans le moment.

Nous écrivons ce qui était, ce qui est. Il est important pour nous d’être en adéquation avec notre époque et que les titres soient le reflet de notre quotidien, de ce que l’on vit. Tout cela évolue au fil de notre carrière. Nous ne pouvons pas rapper aujourd’hui ce que nous rappions hier. Nous avons beaucoup parlé de l’identité de soi, de ce que nous étions, de ce que nous vivions et comment nous le vivions. Il y a toujours eu une volonté d’écrire ce que nous ressentions. Il y a un côté psychanalyse. On écrit comme si on se confiait à un psy. Nous avons commencé par poser les bases. Nous sommes des enfants de quartiers, des fils d’immigrés, arrivés dans des conditions désastreuses. Il y a eu des confrontations avec les institutions comme l’école, la police… Nous avons partagé notre discours.

Un discours qui reste le même ?

Oui, il n’a pas changé parce que le système reste le même. Nous avons aussi la volonté d’écrire des textes atemporels. Sur beaucoup de morceaux, nous avons tourné des phrases pour qu’elles traversent les époques.

Vous avez décidé de publier à nouveau en vinyle Du Cœur à l’outrage. Pourquoi celui-ci ?

La réédition est née à la suite de la sortie du dernier album, Comment rester propre. Il y a avait déjà eu la réédition du premier album, L’Ombre sur la mesure, qui continue de cartonner et de poser les bases de La Rumeur. Du Cœur à l’outrage est un de nos albums cultes avec une écriture plus brute. Il reflète un moment. Celui que nous vivions avec les attaques du ministère de l’Intérieur. La pochette est dans les tons de gris et nous apparaissons dans l’ombre dans une ruelle parisienne, la capuche sur la tête. Nous aimons particulièrement cet album, peut-être un peu plus que les autres. Il y a des titres que nous jouons encore sur scène.

Dans cet album, il y a ce titre, Qui ça étonne encore. Comment résonne-t-il en vous aujourd’hui ?

C’est un de nos classiques. Il a toujours du sens aujourd’hui. Je ne suis étonné par grand-chose, malheureusement. On le voit par ce que les gens vivent et expriment. Ils ont du mal à terminer leur fin de mois. On le voit aussi avec nos petits frères dans les quartiers. Non, nous ne sommes plus étonnés. Peu de choses changent sur ces questions.

Dans une chanson, vous le dites aussi : j’enterre mes illusions.

Oui et non. Oui parce qu’il n’y a pas grand-chose qui a changé. Et non parce que, en tant qu’artistes et producteurs indépendants, nous continuons à créer, à monter des projets. Il y a toujours un lendemain.

Est-ce la création votre moteur ?

C’est une sorte d’échappatoire, d’exutoire. Nous avons su saisir cette musique. Le rap est comme un outil qui nous a permis de reprendre le chemin de l’école et des diplômes. Nous avons écouté les conseils que l’on nous a donnés. Il y a aussi toujours une idée qui vient nous titiller et nous incite à créer.

Est-ce que votre engagement reste le même ?

Oui, l’engagement est le même. Nous continuons à créer à travers différentes formes. Nous ne voulons pas être rangés dans certaines cases. Nous préférons être hors des sentiers battus et là où on ne nous attend pas, comme le cinéma. Nous aimons faire mentir les statistiques.

Et votre colère, est-elle intacte aussi ?

La colère est toujours là mais elle s’est transformée. Nous ne pouvons plus faire comme si nous avions encore 20 ans. Nous avons encore beaucoup de choses à dire. Et des choses qui nous tiennent vraiment à cœur. Nous ne les disons plus de la même manière. Nous avons su faire notre chemin.

Sur ce chemin, vous n’avez jamais fait de concession.

Effectivement. Dès le départ, nous nous sommes inscrits dans un schéma d’indépendance. Nous n’avons jamais écrit pour courtiser telle radio ou tel public. Nous avons gardé notre libre arbitre. Derrière chaque rime, il y a mille questions. C’est une écriture sans concession.

Comment abordez-vous encore la scène ?

Nous montons sur scène avec le même plaisir. C’est un terrain que nous avons toujours privilégié. Aussi petit soit-il. Nous voulons le contact avec le public, être en interaction avec lui. Sur scène, ça ne triche pas. Quand nous retournons à l’écriture, nous sommes nourris de ce côté émotionnel.

Infos pratiques

  • Samedi 25 octobre à 20h30 à La Traverse à Cléon
  • Première partie : 5e Rap Game de la Traverse
  • Tarifs : 20 €, 15 €
  • Réservation au 02 35 81 25 25 ou sur en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
  • Des places sont à gagner
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