Après La Vierge, les Coptes et moi, Namir Abdel Messeeh fait revivre sa mère dans La Vie après Siham. Au cinéma mercredi 28 janvier, ce documentaire intime et magnifique transmet à tous la force du lien familial.
En 2012, Namir Abdel Messeeh nous faisait découvrir la communauté copte égyptienne, sa famille et tout particulièrement sa chaleureuse maman dans un documentaire touchant, La Vierge, Les Coptes et moi. Aujourd’hui, le réalisateur franco-égyptien revient avec La Vie après Siham, un nouveau documentaire familial, drôle et bouleversant qui aurait pu s’intituler La Vie après ma mère, tant le sujet intime qu’il développe devient rapidement universel. « Mon premier court-métrage s’appelait Toi, Waguih, le prénom de mon père ; mon premier long-métrage s’appelait La Vierge, les Coptes et moi, ça ne me paraissait pas déconnant qu’il ait le prénom de ma mère pour celui-là. Cela faisait comme une continuité », nous confie-t-il de passage à l’Omnia de Rouen.
De fait, Namir Abdel Messeeh continue de nous parler de sa famille. D’autant qu’après son premier documentaire, il avait promis à sa mère de la faire jouer dans un vrai film. « Pour ma mère, un vrai film, c’est lorsqu’il y a des acteurs qui jouent dedans », s’amuse encore le réalisateur. Sauf qu’entre-temps, le cancer est passé par là et Namir a perdu son actrice principale et préférée. Et pourtant… « c’est sa mort, en 2015, qui a déclenché cette espèce d’impulsion complètement irrationnelle. J’avais appelé Nicolas Duchêne, mon chef-opérateur, pour lui demander de filmer les funérailles. Il était très réticent car lui voulait être là en tant qu’ami. Et il m’a dit quelque chose qui m’a poursuivi : « Je pense que tu veux filmer pour la retenir, mais elle n’est plus là. » Finalement, il a filmé en pensant que ça devait beaucoup amusé Siham. Ce geste, qui était presque un réflexe de survie, a été le déclic pour faire le film. Je ne pouvais pas rester là avec ma tristesse, il fallait que je passe à l’action. Après, ce que ça allait donner, je n’en savais rien. »
Des secrets
Ce que cela donne, on le sait aujourd’hui et on vous recommande vivement d’aller découvrir La Vie après Siham, hommage vibrant à des parents dont on découvre l’histoire mouvementée. Namir filme d’abord son père, réservé, presque mutique. « On se retrouvait tous les deux comme des cons à ne pas savoir quoi se dire… Il y avait une relation nouvelle à créer, ma mère n’étant plus là pour faire le lien. »
Contenant un agacement tout de même perceptible, Waguih répond aux questions de son fils avec parcimonie. Et puis Namir retrouve des lettres qui mettent à jour quelques secrets de famille bien gardés comme la longue relation à distance de ses parents. Siham est restée en Égypte alors que Waguih, ancien prisonnier politique, a fui et s’est installé en France. Et comme pour faire plaisir à sa mère, Namir Abdel Messeeh incruste des scènes de films classiques du cinéma égyptien, comme L’Aube d’un nouveau jour et Le Retour de l’enfant prodigue de Youssef Chahine, avec des comédiens qui semblent jouer les moments de vie de Waguih et Siham.
Des l’autodérision
Le spectateur prend conscience de sa propre ignorance quant au passé de ses parents, et de toutes les questions qu’il courra leur poser s’il n’est pas trop tard. Car cette quête très intime menée par le réalisateur devient universelle. Namir Abdel Messeeh, lui, a pris conscience de l’importance du lien parental, et emmènent ses deux enfants en Égypte à la rencontre de leurs proches coptes. « Je pense que mes enfants en prendront conscience dans dix, vingt ou trente ans. Quand je serai vieux ou même plus là. Avec ce film, ils auront des traces de leur histoire familiale, se réjouit le cinéaste avant d’ajouter, ils ont vu le film à Cannes. Mon fils, assis à côté de moi, a éclaté en sanglots lorsqu’il m’entend dire : « Qui a-t-il après Waguih, qui a-t-il après Siham, qui a-t-il après Nami ? » Il s’est blotti dans mes bras et je comprends alors qu’il vient de réaliser pour la première fois de sa vie que je vais mourir un jour. Le film pose la question de savoir comment on parle de la mort à nos enfants. »
Rassurez-vous, on peut compter sur l’humour, la bienveillance et l’autodérision de Namir Abdel Messeeh pour redonner le sourire au spectateur. Lumineux, ce récit sur soixante à soixante-dix années, éloigne rapidement le chagrin pesant des funérailles de Siham. Après tout, la vie continue.
- La Vie après Siham de Namir Abdel Messeeh (France, Égypte, 1h16) avec Siham Abdel Messeeh, Namir Abdel Messeeh, Waguih Abdel Messeeh…
