Mon père, ce héros fragile et faible

Pyteh (Barry Keoghan) très complice avec son père (Harry Melling) / Photo : Why Not Productions

Présenté en ouverture de la Quinzaine des cinéastes au festival de Cannes, Butterfly Jam du Russe Kantemir Balagov, au cinéma mercredi 7 octobre, suit le parcours d’un jeune lutteur au sein de la diaspora tcherkesse installée dans le New Jersey.

Après deux films dans sa langue maternelle, Kantemir Balagov — jeune réalisateur russe en exil à Los Angeles après avoir manifesté contre la guerre en Ukraine — est venu tourner dans le nord de la France, Butterfly Jam, un premier long-métrage en anglais sensé se dérouler au sein d’une famille tcherkesse, peuple du nord-ouest du Caucase, installée dans le New Jersey. 

C’est dans cet état au nord de New York que l’on fait la connaissance d’Azik (Barry Keoghan, émouvant), surnommé Pyteh, c’est-à-dire le petit. Cet adolescent américain de 15 ans fréquente assidument sa salle de lutte tout en aidant son père, Marat (Harry Melling, touchant) et sa tante Zalya (Riley Keough, forte) tous deux émigrés qui tiennent un petit restaurant tcherkesse au bord de la faillite…

Une déception

Du haut de ses 35 ans, Kantemir Balagov s’intéresse avec une grande maturité au rapport entre père et fils qu’il associe subtilement au rapport entre monde et citoyen, avec la déception pour point commun. De fait, il arrive toujours un moment où un adolescent commence à remettre en cause l’image du héros qu’il avait donnée à son géniteur.

Le jeune réalisateur filme d’abord un Pyteh complètement épanoui dans son sport, victorieux d’un combat difficile et faisant la fierté de son père. Il les réunit dans des moments joyeux, conviviaux, moments qui vont se dégrader au fur et à mesure que les failles paternelles se révèlent aux yeux du fils. Marat finit alors par lui apparaître macho, opportuniste, impulsif, faible… et Pyteh a du mal à cacher sa déception. De son côté, Kantemir Balagov ne cache pas sa déception quant aux enjeux liés à l’immigration. Chacun rêve d’émancipation sans pouvoir vraiment se libérer de ses attaches familiales ou/et communautaires.

L’évolution des rapports virils entre le père et le fils, filmée de manière parfois brutale — d’où l’interdiction au moins de 12 ans — ne manque cependant pas de tendresse. D’autant que la douceur apportée par le personnage d’Alika (Jaliyah Richards, sincère), lutteuse nigériane complice de Pyteh, fait du bien. Avec ces deux-là, tous les espoirs restent permis.

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