Du sang, du plaisir et des prières

Malgré leurs différences, Marie Madeleine (Gessica Généus) et Joseph (Béonard Monteau) s’apprécient mutuellement / Photo : Pyramide Distribution

Devant et derrière la caméra, la réalisatrice haïtienne Gessica Généus se met en scène dans la peau de Marie Madeleine, une prostituée rebelle à laquelle s’attache Joseph, un jeune évangéliste. Marie Madeleine est à voir au cinéma mercredi 21 octobre.

Actrice, scénariste, réalisatrice et productrice haïtienne, Gessica Généus compte parmi les figures essentielles du cinéma caribéen. D’ailleurs, en 2021, son premier long-métrage, Freda, l’a révélée au festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Aujourd’hui, après avoir filmé le quotidien de jeunes femmes à Port-au-Prince, elle nous emmène à Jacmel, au sud-est de Haïti, pour suivre le destin d’une prostituée, rebelle mais attachante, qui donne son nom à son nouveau film, Marie Madeleine, Grand prix du jury présidé par Agnès Jaoui, aux dernières Journées romantiques de Cabourg.

Gessica Généus nous met d’emblée dans l’ambiance animée d’une ville côtière. Elle nous présente Marie Madeleine, une femme libre qui vit sans rougir de la prostitution mais se noie dans l’alcool avant et après avoir donné du plaisir à ses clients. Son destin nous intrigue lorsqu’elle entame une sage relation avec Joseph, un jeune évangéliste qui lui apporte une forme d’apaisement au risque d’y perdre sa foi. 

Deux personnages opposés

La réalisatrice qui incarne Marie Madeleine, joue de tous les contrastes à commencer par cette ville où un bordel fait face à une église évangéliste ; ce qui nous vaut bon nombre d’affrontements. De même pour ses héros, dont le contraste le plus visible est celui des corps : un corps charnu et sensuel pour Marie Madeleine et un corps maigre et sec pour Joseph. Le plus évident, c’est aussi la liberté et l’impudence de l’une opposées à la soumission à son église et à la discrétion de l’autre. Pourtant, quand l’un ou l’une fait un pas vers l’autre, ils semblent tous deux se comprendre, peut-être même se compléter…  

Dieu, Jésus, ses saints et ses ambassadeurs — pas toujours honnêtes — sont partout à Haïti. Le choix des prénoms Joseph et Marie Madeleine ne tient donc pas du hasard. Rappelons que dans les Évangiles, Joseph est le père nourricier de Jésus, il est considéré comme un homme juste. Quant à Marie Madeleine dans l’Évangile selon Saint Luc, c’est la prostituée qui a lavé les pieds de Jésus, les a essuyés avec ses cheveux avant de les baiser… Joseph va-t-il ramener Marie Madeleine dans le droit chemin ? Et elle, va-t-elle libérer Joseph de son carcan ? Car on le sait : la liberté a un prix.

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