Journaliste, auteur, blogueur, militant engagé, co-fondateur d’Act-up Paris et du magazine Tétu… Didier Lestrade évoque la question de l’identité sexuelle dans la musique après la projection de Velvet Goldmine, un film de Todd Haynes programmé dans le cadre de Mythomania, nouveau temps fort du 106, mardi 10 juin à l’Omnia à Rouen.

 

didier lestradeLes années 1970, Didier Lestrade s’en souvient. « Elles étaient ennuyeuses. Les gens s’ennuyaient, attendaient que la société évolue. La vie de tous les jours était affreuse. On avait peu accès à la mode. Il y avait des bagnoles de merde. La déco était moche. Ce sont les années de mauvais goût. Dans cela, il y a un côté ringard, voire vulgaire ». La société demeure « conservatrice. Ce sont les années Giscard. Le poids de la religion reste encore important même si cela commence à s’atténuer. J’ai été élevé dans la religion mais on ne m’a pas demandé de croire ». Pour échapper à tout ennui, « il n’y avait que la musique ».

 

Dernier d’une fratrie de quatre garçons, Didier Lestrade écoute, comme ses frères, «  tout ce qui sortait, le reggae, le blues, le jazz… » Et, en musique, les années 1970 sont celles d’une « explosion des codes esthétiques », celles  aussi de « la contestation. C’est un moment où la musique remplit sa fonction sociale, politique. Crosby, Stills, Nash and Young sont engagés. Joni Mitchell, Carole King portent des messages très forts. En Angleterre, c’est pareil. Il y a une convergence de cette contestation, du mouvement des femmes, de l’écologie, du pacifisme, des minorités ».

 

La musique accompagne, porte l’idée de la rébellion et un phénomène de libération d’une génération qui quitte la famille. « Même si on n’avait pas d’argent, on partait. Il y avait un sentiment de colère, de frustration. Nous avons grandi durant les années 1960 et nos parents ont éduqué leurs enfants selon les préceptes des années 1950 ».

 

Les codes vestimentaires changent. Les cheveux sont plus longs. Une révolution sexuelle est en marche. « Tout a été hétérosexuel. Dans le rock, on assiste à une libéralisation de l’image androgyne. Il y a moyen de trouver une identité différente. On joue avec l’image, les fringues, le maquillage, l’ambigüité ».

 

Difficile d’aborder les années 1970 sans évoquer le disco. « C’est fondamental. Le disco a été libérateur au niveau des comportements. On arrête d’avoir peur d’aller sur les pistes de danse. Le disco brasse les classes sociales et permet la mixité sexuelle. Il ne véhicule pas un message glauque. Au contraire, il disait : profitez, let’s go. Il y a une révolution culturelle dans le sexe. C’est nouveau à l’époque ».

 

Après avoir fait partie d’une culture underground, le disco part conquérir le monde, envahit les charts. Saturday Night Fever de John Badham avec John Travolta électrise. Lors de Mythomania, le 106 ouvre une page de l’histoire du disco avec James Murphy, Golden Teacher et Sal P.

 

  • Mardi 10 juin à 20 heures à l’Omnia, rue de la République à Rouen. Tarifs : 5,50 €, 4 €.
  • A noter également : From disco to disco avec James Murphy, Golden Teacher et Sap P, vendredi 6 juin à partir de 22 heures au 106 à Rouen. Tarifs : de 22 à 6 €. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com