Lire pour résister

Un club de lecture pas comme les autres / Photo : Metropolitan FilmExport

Eran Riklis adapte au cinéma le roman autobiographique d’Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran, qui sort dans les salles mercredi 26 mars. La littérature devient pour ses héroïnes un symbole de résistance aux fondamentalistes iraniens.   

Après La Fiancée syrienne, Les Citronniers, Mon Fils, Eran Riklis mêle une fois encore la petite histoire dans la Grande Histoire avec Lire Lolita à Téhéran, une adaptation du roman autobiographique d’Azar Nafisi paru en 2004 aux éditions Alon, et nous livre un portrait de femmes dans l’ombre de la République islamiste.

Golshifteh Farahani se glisse dans la peau d’Azar Nafisi alors qu’avec son mari, elle rentre d’exil après le départ du Shah et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini. Pleine d’espoir, elle trouve rapidement un poste de professeure à l’université de Téhéran mais ne tarde pas à déchanter, comme beaucoup d’autres femmes contraintes à porter le voile. Pire, les fondamentalistes au pouvoir interdisent l’étude des classiques de la littérature occidentale. Azar entre en résistance et décide de réunir chez elle sept de ses étudiantes pour lire avec elles Lolita de Vladimir Nabokov et célébrer le pouvoir de la littérature.   

Des héroïnes discrètes

Difficile de passer après Les Graines du figuier sauvages, le magnifique long-métrage de Mohammad Rasoulof, ou Mon Gâteau préféré, délicat film de Maryam Moqadam et Behtash Sanaeeha. Lire Lolita à Téhéran pourrait bien paraître un peu fade même si Eran Riklis a su réunir un casting intéressant et engagé, à commencer par Golshifteh Farahani (Mensonges d’État, Les Deux Amis, Pirates des Caraïbes 5…) et Zar Amir Ebrahimi (réalisatrice et actrice du récent Tatami) pour incarner ces résistantes de la première heure, dont certaines sont issues de familles laïques et progressives, et d’autres venant de milieux conservateurs ou religieux, certaines sont mariées ou fiancée, d’autres ont même fait de la prison.

Avec ces héroïnes discrètes, le réalisateur développe un sujet fort qui résonne avec l’actualité quelques mois après la mort de Mahsa Amini, jeune Iranienne battue à mort par la police pour avoir refusé de porter le voile. Il rappelle ainsi la montée des contraintes du régime islamiste envers les femmes et filme ces jeunes femmes courageuses qui osent contourner les lois en se réunissant clandestinement.

 À voir par tout Occidental qui aurait du mal à imaginer qu’on puisse risquer sa vie ou pour le moins sa liberté en participant à un club de lecture.  

 

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