Des Demonas et Dion Lunadon : diablement rock

photo : DR

Après une première nuit placée sous le signe de la dévotion, l’imprévisible Alligator revient mardi 10 février au 106 à Rouen, plus démoniaque que jamais, en compagnie de Des Demonas et Dion Lunadon, deux groupes aussi singuliers que furieux. 

Il y a des événements qui ont la peau dure et les dents longues malgré leur relative discrétion. Depuis vingt ans, le festival Les Nuits de l’alligator retrouve Le 106 à Rouen, pendant deux ou trois soirées excitantes. Et le revoici pour la seconde fois en quelques jours, mardi 10 février, plus mordant que jamais mais toujours aussi atypique avec Des Demonas et Dion Lunadon, de véritables profanateurs du rock mainstream. Deux groupes engagés dans un duel phonique le temps d’une soirée rouennaise. 

C’est le Néo-Zélandais Dion Lunadon qui se charge de tirer le premier. Ses armes : tempos extrêmes, saturation maximum, voix éraillée, effets larsen à gogo… L’attirail parfait pour faire saigner les oreilles. L’ancien bassiste de A Place To Bury Strangers et chanteur-guitariste pour feu The D4 défend aujourd’hui un nouveau projet en solo sous son presque patronyme (aka Dion Palmer). Les marques du passé sont indélébiles et Dion Lunadon envoie toujours du lourd, du rock’n’roll pur jus voire du punk-rock dans ce qu’il a de plus instinctif et agressif. C’est un peu The Stooges, Motorhead, The Ramones et Jon Spencer détricotés puis remodelés sous la forme d’un patchwork d’influences.

Dion est entier, imprévisible et jusqu’au-boutiste sur scène, n’hésitant pas à faire crier sa guitare à l’aide d’une chaîne, comme pour mieux la posséder. Il y a quelque chose de charnel là-dedans, de concupiscent dans cette relation physique et sonore. Le musicien maintenant basé aux États-Unis ne s’économise jamais et surtout pas lors des concerts qu’il enchaîne comme si c’était toujours le dernier. 

Retrouver son souffle ne sera pas chose aisée puisque cette folle et terrible seconde Nuit de l’alligator lâche Des Demonas sur scène. Répit de courte durée et seconde morsure musicale de la soirée avec ce groupe de Washington DC porté par Jack Cougar, un géant de 1,96 m, originaire du Kenya. Le frontman psalmodie à longueur de chanson, ne variant quasiment pas d’un demi-ton pour casser l’uniformité de sa voix. Une tonalité qui ne change presque jamais et rappelle les grandes heures du post punk où la dissonance s’imposait comme élément sonore perturbateur et caractéristique du genre.

Mais là où d’autres s’enlisent dans un monocorde répétitif et fadasse, cette spécificité vocale, qui peut surprendre à la première écoute, devient un atout pour Des Demonas sur la durée. Et surtout le groupe possède aussi des teintes harmonieuses. Un orgue strident et une guitare fuzz apportent une grosse et fun touche garage rock qui casse le registre post-punk cité précédemment. Cette dichotomie dans le son engendre un certain magnétisme mais aussi un caractère oppressant paradoxalement synonyme de volupté et d’envoûtement. Jack Cougar serait-il aussi doué pour l’hypnose ? Une sorte de sorcier vaudou ? De marabout du rock ? Réponse mardi soir sous les salves de riffs percutants et les rafales incessantes de mots envoyées par Des Demonas. Les Nuits de l’alligator sont vraiment uniques.

Infos pratiques

  • Mardi 10 février à 19h30 au 106 à Rouen
  • Tarifs : de 16 à 4 €
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
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