Arthur Harari adapte la bande dessinée qu’il a écrite avec son frère Lucas. Pour le cinéma, Le Cas David Zimmerman devient L’Inconnue, film fantastique, au cinéma mercredi 26 août et interdit aux moins de 12 ans, porté par Léa Seydoux et Niels Schneider.
L’Inconnue n’est que le troisième long-métrage d’un réalisateur, acteur et scénariste, qui est loin d’être un inconnu. Pour mémoire, Arthur Harari a déjà remporté le Prix Louis-Delluc ainsi que le César du Meilleur scénario original en 2022 pour son deuxième film, Onoda, et son talent d’auteur lui a également rapporté de multiples prix avec, entre autres, la Palme d’or cannoise ainsi que le César, le Golden Globe et l’Oscar du Meilleur scénario en 2023 pour Anatomie d’une chute, co-écrit avec sa compagne, la réalisatrice normande Justine Triet.
Pour son troisième film, Arthur Harari s’appuie sur une bande dessinée, Le Cas David Zimmerman, co-écrite avec son frère Lucas, illustrateur. Ensemble, ils adaptent le scénario de ce qui devient L’Inconnue portée par une Léa Seydoux aux formes arrondies — elle venait d’accoucher peu avant le tournage — face à un Niels Schneider, volontairement émacié pour endosser le rôle du David Zimmerman.
Piégé dans un autre corps
L’histoire est déroutante, oppressante, presque dérangeante. David Zimmerman (Niels Schneider), photographe méconnu, vit seul, à l’écart du monde, concentré sur son projet artistique : documenter différents lieux de la banlieue parisienne, cent ans après les cartes postales d’époque et trente ans après les images de son père. Ce quadragénaire filiforme ne sort de chez lui que pour son travail. Un soir, des amis le traînent dans une fête, animée et bruyante, où il repère dans la foule, une jolie blonde (Léa Seydoux) qu’il avait croisée quelques jours plus tôt. Comme fasciné, il la rejoint, la suit dans un endroit à l’abri de regard. Ils font l’amour presque sauvagement… Quelques heures plus tard, David se réveille dans le corps de la belle inconnue.
Chacun a sans doute pu expérimenter le fait de se sentir anormal dans un monde normal. Ici, la situation est radicalisée par un réalisme stressant. On ressent le tragique désarroi de David piégé dans le corps d’Éva. On éprouve sa fébrilité lorsqu’il part à la recherche de l’inconnue dont il habite le corps et dont il ne sait rien. On ne quitte plus Léa Seydoux, mais c’est David qui nous obsède. Avec eux, on se retrouve en quête d’identité et de repères. On cherche l’erreur et puis on laisse le scénario nous perdre, sans même remettre en question la crédibilité de cette fantastique métamorphose.
Il y a cinq ans, Arthur Harari nous avait surpris avec Onoda ce soldat japonais qui, ignorant la capitulation de son pays en 1945, continue de défendre pendant plus de vingt-cinq ans l’île des Philippines où il a été affecté. Il nous bluffe encore plus avec cette Inconnue kafkaïenne qui nous donne encore le vertige, une fois les lumières de la salle rallumées.
- L’Inconnue d’Arthur Harari (France, 2h20) avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville…
