Au festival de Cannes, Des Eléphants dans la brume du réalisateur népalais Abinash Bikram Shah a remporté le Prix du Jury de la section Un Certain Regard. Ce drame, dans les salles de cinéma mercredi 23 septembre, nous emmène au sein de la communauté Kinnar.
Après un court-métrage, Lori, primé au festival de Cannes en 2022, Abinash Bikram Shah revient sur la Croisette avec Des Éléphants dans la brume, un premier long-métrage qui a reçu le Prix du jury dans la section Un Certain Regard. Le réalisateur népalais nous offre un voyage instructif dans son pays natal et nous emmène dans un petit village niché au cœur de la forêt. Ici, les villageois ont peur des éléphants sauvages capables de tout détruire sur leur passage — maisons, culture, mais aussi être humains —, mais ils craignent aussi les pouvoirs de bénédiction et de malédiction d’une communauté Kinnar installée auprès d’eux.
Pour le spectateur, c’est l’occasion de découvrir cette communauté regroupant des femmes trans qui ont redéfini les liens familiaux. Ici pas de géniteur ni de génitrice, donc pas de lien du sang mais une famille choisie et des lignées matrimoniales basées sur l’entraide, le soin et l’amour. L’héroïne du film, Pirati (l’intense Pushpa Thing Lama) est l’une de ces mères. Elle a accueilli trois filles et pris de nombreuses responsabilités au sein du village. Mais, depuis un certain temps, elle ne pense qu’à l’homme qu’elle aime et espère s’échapper pour s’installer à New Delhi avec lui. Sa fille, Apsara (Aliz Ghimire), la plus jeune, accepte mal ce potentiel départ. Lorsqu’elle disparaît, Pirati se lance à sa recherche et met de côté son rêve d’amour.
Une détermination
Abinash Bikram Shah ne cache pas la position délicate de ces femmes souvent moquées ou insultées et même parfois rejetées, mises à la marge. Mais il filme aussi l’amour et le bonheur qu’elles se donnent, la force et la tendresse de leurs liens, la beauté et la sérénité des cérémonies qu’elles organisent avec leur guide Bahuchara Mata.
Comme Jacques Audiard qui avait choisi Karla Sofía Gascón pour incarner son Emilia Perez, Abinash Bikram Shah s’est tourné vers des actrices trans, issues de cette communauté. Et dans le rôle de l’autoritaire et douce Pirati, Pushpa Thing Lama dégage une force tranquille empreinte de failles permettant de laisser éclater la colère et couler les larmes. Elle donne à son personnage une détermination qui nous permet de croire en sa capacité à mener les recherches envers et contre tous. Face à elle, les villageois voient dans cette disparition la possibilité de se débarrasser d’une communauté encombrante. De son côté, la police se montre peu pressée de mener l’enquête. Quant à l’hôpital, on y exige la preuve des liens familiaux concrets. À découvrir.
- Des éléphants dans la brume de Abinash Bikram Shah (Népal/France/Allemagne/Brésil/Norvège, 1h47) avec Pushpa Thing Lama, Deepika Yadav, Jasmin Bishwokarma…
