Michel Ciry, un témoin de son temps

photo : Jean-Baptiste Millot

Orlando Bass a enregistré le premier album dédié à la musique de Michel Ciry, L’Œuvre en éclat. Le pianiste qui étudie les partitions du compositeur depuis plusieurs années partage sa passion pour cette écriture complexe. Il la joue avec Rachel Koblyakov, au violon, samedi 17 octobre, et seul au piano dimanche 18 octobre, au musée Michel-Ciry à Varengeville-sur-Mer.

Michel Ciry ((1919-2018) a composé pendant une petite vingtaine d’années— il arrête après son arrivée en 1958 à Varengeville-sur-Mer dans un domaine, devenu un musée qui lui est dédié. Orlando Bass découpe ces deux décennies en deux parties. « Dans les années 1940, il est proche de Francis Poulenc, de la musique mondaine, tonale. Dans les années 1950, sa musique change de style pour devenir très hirsute, même violente. Michel Ciry se rapproche de Pierre Boulez, d’Arthur Honegger. Je ne connais pas beaucoup de compositeurs qui ont tant évolué. »

Une explication : les voyages effectués en Europe pendant la décennie 1950 pour sa peinture. « Michel Ciry est confronté à des villes détruites en Allemagne, en Belgique, en Italie, et à la cruauté humaine. Il veut être alors le témoin de son temps. Cela se lit dans ses mémoires. Dans les années 1940, il s’inquiète pour sa carrière, son existence. Ensuite, il se questionne sur la société, sur l’avenir de l’humanité. Sa musique raconte ses tourments. En fait, dans sa peinture, comme dans sa musique, Michel Ciry ne cherche pas le beau mais le vrai », explique Orlando Bass.

Un premier album

Le pianiste travaille sur les compositions de Michel Ciry depuis l’âge de 16 ans. Il a découvert l’une d’entre elles dans une pile de partitions offertes par un de ses amis. « Quand on essaie une musique au piano, on sait d’emblée s’il y a eu un travail. On sait quand une œuvre a une âme. Michel Ciry nous transmet la sensation d’une personne victime de cruauté. À ce moment-là, je ne savais pas qu’il était peintre. En jouant, je pressentais qu’il devait dessiner, réaliser des dessins d’architecte parce qu’il y avait un souci du détail. Les partitions sont comme des plans d’architecte. »

Orlando Bass poursuit l’exploration de l’œuvre de Michel Ciry, écrit un mémoire, travaille à la bergerie du musée à Varengeville-sur-Mer pour établir un catalogue d’environ 200 mélodies pour chant et piano, des musiques sacrées et de chambre, trois symphonies pour petit orchestre et six grandes symphonies. De cette œuvre, aucune pièce n’avait été enregistrée. C’est désormais chose faite. Le pianiste publie le 23 octobre L’Œuvre en éclat, le premier album enregistré aux éditions Hortus à la Ferme de Villefavard dans le Limousin.

Les 17 et 18 octobre au musée Michel Ciry à Varengeville-sur-Mer, il donne deux concerts : le premier avec la violoniste Rachel Koblyakov et le second, seul au piano. Il entrelace les musiques du compositeur devenu normand à celles de Schönberg, Ravel, Chopin, Poulenc, Lili Boulanger… 

Infos pratiques

  • Michel Ciry, Maurice Ravel, Lili Boulanger, Arnold Schönberg et Paul Hindemit par Orlando Bass, au piano, et Rachel Koblyakov, au violon : samedi 17 octobre à 20 heures au musée Michel-Ciry à Varengeville-sur-Mer. Tarifs : 18 €, 12 €. Réservation en ligne
  • Michel Ciry, Frédéric Chopin, Maurice Ravel, Francis Poulenc et Franz Liszt : dimanche 18 octobre à 18h30 au musée Michel-Ciry à Varengeville-sur-Mer. Tarifs : 18 €, 12 €. Réservation en ligne
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