De l’ombre à la lumière, c’est le chemin que dessine Yael Naim dans ce cinquième album, Solaire. Un album, très audacieux, qui marque une nouvelle direction dans le parcours musical de la chanteuse, autrice et compositrice. Yael Naim l’a écrit et produit seule. Elle ose un entrelacement de mélodies pop et de sonorités électroniques où se promène une voix oscillant dans différentes textures. Elle sera en concert vendredi 16 octobre à l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu, samedi 17 octobre au théâtre à Coutances, samedi 14 novembre lors des Rendez-vous soniques à Saint-Lô et vendredi 27 novembre au théâtre Juliobona à Lillebonne. Entretien.
Est-ce que solaire est le mot qui vous définit le mieux ?
Il fut un déclic important. J’ai souhaité reconnaître ma propre lumière. Avant, cela me faisait plutôt peur. Parce que je suis capable d’obscurité. Être dans l’obscurité, c’est se minimiser, être invisible, se réconforter dans la plainte et ne pas sentir cette force intérieure. Un jour, j’ai décidé d’aller visiter un ailleurs. C’est un choix conscient. Je dois assumer cette lumière et la faire grandir. Tout cela est un mélange de plein de choses. Comme chercher sa place parmi les autres. Décider de prendre la lumière, c’est aussi arrêter de se cacher, prendre le risque d’être en désaccord, d’être plus fragile.
Il y a deux mots qui reviennent dans cet album, ce sont liberté et indépendance.
Ce sont des notions que j’ai essayé de cultiver à différentes étapes de ma vie. Pour le premier album, écrit avec David (Donatien, batteur et producteur, ndlr), nous étions libres et indépendants. Passer la quarantaine, j’ai souhaité faire un pas plus loin, composer cet album toute seule, aller ressentir mes contours. Parce que nous sommes un mille-feuille. Nous sommes composés de plein de couches et nous pouvons nous libérer en les enlevant les unes après les autres. Pour cet album, l’indépendance s’est imposée. J’ai alors créé un cadre dans lequel j’ai pu m’exprimer librement. L’album parle justement de différents types de libération. Comme dans Rabbit Hole sur la peur de l’autre, instrumentalisée par les politiciens. Elle est utilisée contre nous.
Pourquoi vous demandez-vous ce que vous avez fait de votre colère ?
Chez moi, la colère n’était pas cultivée. Elle était étouffée. Là, elle est sortie. C’est très intéressant de la connaître. Mais quand on la connait, qu’en fait-on ? Comme tous les sentiments, la colère est une énergie hyper intéressante. Il faut l’orienter vers une construction positive. Si on ne la cultive pas, elle rendre aveugle et peut nous amener à la violence.
Sont-ce tous ces mots qui ont guidé l’écriture de cet album ?
Lors de l’écriture, j’ai essayé de me comprendre. Chaque chanson a été une étape dans mon parcours vers moi-même.
Vous avez aussi exploré d’autres genres musicaux, le rap, la soul, et d’autres sonorités électroniques.
Lors de la composition, j’ai ressenti une excitation bizarre. Je suis allée en effet vers d’autres sonorités. Lorsque je réécoutais, j’avais cette sensation étrange et me disais : ce n’est pas moi qui ai composé cette musique. Maintenant, c’est ce qui m’excite le plus. J’ai besoin de cette façon de dire les choses de manière plus directe, de mélanger les sonorités, les langues. C’est mon nouveau moi.
Est-ce que cet album annonce un nouveau chemin musical ?
Oui, en effet. J’avais envie de travailler le soundsystem, la production, le design… J’ai composé l’album comme on travaille la dentelle. La pochette ressemble à la musique. J’ai voulu ancrer les sons dans la terre, faire ce lien entre sol et air pour former ce mot solaire. J’ai occupé tous les espaces sonores, les bas et les plus aigus. J’ai trafiqué le piano pour aller encore plus loin dans la recherche musicale. Ce sont ces chemins que je veux emprunter.
Infos pratiques
- Vendredi 16 octobre à 20 heures à l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu. Première partie : Noir Montagne. Tarifs : 28,05 €, 16,80 €. Réservation au 02 35 36 95 80 ou en ligne
- Samedi 17 octobre à 21 heures au théâtre à Coutances. Première partie : Emily Loizeau (Tarifs : de 18 à 9 €). Tarifs : de 30 à 15 €. Réservation au 02 33 76 78 68 ou en ligne
- Samedi 14 novembre à 19h30 au parc des exposition à Saint-Lô. En première partie de Sébastien Tellier pendant Les Rendez-vous soniques. Tarifs : de 43 à 31 €. Réservation en ligne
- Vendredi 27 novembre à 20h30 au théâtre Juliobona à Lillebonne. Tarifs : de 26 à 8 €. Réservation en ligne ou au 02 35 38 51 88
