Ce nouvel album s’écoute comme on lit un recueil de nouvelles. At My Softest, I Am Most Dangerous, ce cinquième disque de Mélissa Laveaux sorti au printemps 2026, est une suite histoires peuplées d’esprits. Ce sont quinze titres, empreints de mystère, avec des interludes, aux accents pop psychédélique colorée d’influences caribéennes. Mélissa Laveaux offre là des moments de méditation. Elle sera en concert vendredi 6 novembre au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen avec L’Étincelle pendant le festival Chants d’elles. Entretien.
Il est possible de traduire le titre de l’album par : je suis la plus dangereuse dans ma grande douceur. Est-ce que la douceur s’apprend ?
Non, je ne pense pas. Lorsque je fais référence à la douceur, je parle de tout ce que nous subissons et qui polit les surfaces. Elle peut être alors prise pour une menace. C’est un outil très fort et très maitrisé pour se défendre.
Est-ce que l’écriture a contribué à maîtriser cet outil ?
Non, je ne dirai pas ça. L’écriture ne m’a pas polie. L’écriture ne polit pas. Au contraire, c’est une ouverture d’esprit, un moyen de parler et un instrument de liberté. Et cette liberté se conquiert, surtout dans le contexte actuel, pour certains. Pour d’autres, elle est déjà là. On offre la liberté à certains et pas à d’autres. Nous voyons bien à qui on offre des espaces pour s’exprimer. Nous n’entendons pas les discours de tout le monde dans l’espace public. Alors, oui, cela se conquiert.
Vous avez écrit cet album au château de Monthelon. Pourquoi ce lieu ?
J’ai commencé au château de Monthelon. J’ai poursuivi l’écriture dans ma cuisine et dans le studio pendant l’enregistrement. J’ai choisi ce lieu parce que Lhasa de Sela y a logé. Elle y a écrit son deuxième album. Ses sœurs s’y rendent toujours. Le château est hanté par ce gentil fantôme. Lhasa m’a toujours inspirée et, pour l’écriture de cet album, je voulais partir d’une de ces citations : la mort n’est pas la mort. J’ai été guidée par son esprit et sa philosophie.
Comment avez-vous ressenti cette présence ?
De toute façon, lorsque l’on commence à écrire, quelqu’un est présent. Il n’est pas possible d’être inspiré par le vide. Nous sommes inspirés parce que nous sommes en relation avec des spectres.
Cet album est tel un journal intime ou un recueil avec une série de drames. Comme s’est-il construit ?
Avant de commencer à écrire, j’ai fait la liste des situations dans lesquelles j’ai été en danger. Puis, j’ai parcouru cette liste et je me disais : aujourd’hui, j’écris sur ça et là, sur ça. Ce sont tous des moments forts de ma vie. Nous vivons aussi dans un contexte politique et géopolitique grave et nous sommes face à un gouvernement qui s’en fout si on meurt. Il tape même sur les enfants. Comme je faisais face à la mort, il fallait que je m’interroge sur la mort. Je ne me suis pas assez posé de questions sur ce sujet. Pourquoi pas en faire un album ?
Pourtant, dans At My Softest, I Am Most Dangerous, vous donnez un élan de vie.
Il ne faut pas voir la mort comme quelque chose de négatif. Dans mon groupe d’amis, on célèbre toujours la vie d’une personne. On célèbre ce qu’elle a fait, ce qu’elle laisse comme héritage culturel, comme matrimoine et tout ce qu’elle nous a transmis.
L’élément de l’eau est d’ailleurs très présent.
C’est un élément dont je parle le plus. Comme la terre, un peu. C’est le début de notre histoire. Nous sortons de l’eau.
Est-ce que les spectres vous ont aussi guidée dans la composition des titres ?
Ce sont des sonorités que je cherchais et que me donnaient les spectres. J’ai trouvé un équilibre entre les aigus et les graves. Pour cet album, j’ai été très présente dans le studio pour travailler les arrangements et la post-production, bien plus que pour les autres disques. J’ai été très attentive. Avec l’âge et l’expérience, je me fais de plus en plus confiance.
Infos pratiques
- Vendredi 6 novembre à 20h30 au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen
- Tarifs : de 28 à 14 €
- Réservation au 02 35 73 95 15 ou en ligne
