Il est l’un des plus grands dessinateurs de bande dessinée. Batem donne vie au Marsupilami depuis plus de trente ans. Un animal facétieux et gourmand qui peut piquer des colères noires quand on veut détruire sa famille et sa forêt palombienne. Batem ou Luc Collin a été choisi par le créateur du personnage, André Franquin, pour l’aider dans la réalisation des premiers albums. Depuis, il emmène Marsupilami dans diverses aventures où l’écologie, thème du festival, Normandiebulle, est présente. Entretien avec Batem.

Est-ce qu’être invité d’honneur d’un festival reste encore pour vous une forme de reconnaissance ?

C’est surtout, pour moi, une occasion de réaliser une affiche. Et j’adore cela. Pendant des années, mon éditeur n’acceptait pas que je fasse des affiches. Il gardait le Marsupilami pour lui. Ces sept ou huit dernières années, j’ai dessiné entre 15 et 20 affiches. Cela me permet de sortir de mes cases, de composer un dessin différemment. C’est un autre métier.

Est-ce qu’un Marsupilami peut faire bon ménage avec une vache ?

Le Marsupilami peut faire bon ménage avec tous les animaux. Il est de bonne composition. À l’époque où Franquin dessinait encore, il a fait quelques images du Marsupilami à la ferme.

Pendant Normandiebulle, vous allez aussi animer des ateliers pour les enfants. Est-ce difficile de dessiner le Marsupilami ?

Plus les personnages sont simples en apparence, plus ils sont difficiles à dessiner. Pendant le festival, j’ai l’opportunité de faire visiter l’exposition, de rencontrer des enfants et de leur montrer comment on dessine le Marsupilami. Je vais leur donner quelques indications. À chaque atelier, je suis toujours très surpris par les résultats. Même chez ceux qui me disent : je ne suis pas capable de dessiner cela. Je leur indique le chemin et trace le leur. J’ai vu des trucs incroyables. Moi aussi, j’ai eu beaucoup de difficultés à dessiner le Marsupilami. Cela fait 36 ou 37 ans que je m’entraîne. Il est temps que j’y arrive…

Quelles étaient ces difficultés ?

J’ai été formé à cette école de la bande dessinée franco-belge. J’étais un fan de Franquin. Le dessin a toujours été naturel pour moi. Quand j’étais angoissé, je m’isolais, je dessinais mais je ne montrais jamais mes dessins. À l’école, lorsqu’il y avait un dessin à faire au tableau, c’était moi que l’on appelait. Pour le Marsupilami, il a fallu s’approprier l’animal et oublier l’ombre du maître pour la transformer en lumière. Cela a été un long travail.

Au bout de ces trente années, est-ce qu’il y a une mémoire du geste ?

Peut-être qu’il ne vaut mieux pas avoir cette mémoire du geste pour éviter les tics. Il est préférable de devenir le personnage, de bien le connaître. Le Marsupilami est un animal avant tout. Il n’y a pas d’anthropomorphisme. Il ne parle pas. Il ne pense pas. Il se lève pour manger, pour emmerder le jaguar, défendre sa famille… J’ai la chance d’avoir un animal bondissant avec une queue magique. Ce qui permet d’aller très loin.

Vous le disiez, le Marsupilami ne parle pas. Toute expression doit passer par l’attitude ou le regard ?

Oui, c’est ça. Tout passe par l’expression, le mouvement, le regard… et ces fameux Houba.

Le Marsupilami est aussi connu pour ses grandes colères.

Il y en a plusieurs. Je m’en étais rendu compte lorsque j’ai réalisé une bibliographie. J’avais dessiné le Marsupilami dans tous les sens et montrer différentes phases de colère. Il y a des petits trucs, des outils avec lesquels on joue.

Est-ce que le Marsupilami est un super héros ?

Oui, même si je n’ai pas été nourri aux comics et aux super héros. Tous les gamins qui ont découvert le Marsupilami ont envie de l’adopter. Pourtant, il n’a pas de pouvoirs surnaturels. Le professeur Alain Quintart, président des naturalistes belges, a trouvé une place au Marsupilami dans le règne animal. En hommage à son créateur, il le dénomme de manière scientifique le marsupilami franquini. Ce qui démontre tout l’humour de nos scientifiques.

Cette 24e édition de Normandiebule est placée sous le thème de l’écologie. Le Marsupilami défend la nature depuis toujours.

Oui, il ne va pas voter Vert mais il est naturellement écolo. Il n’existe pas de meilleurs personnages que le Marsupilami pour porter l’écologie. Il se fâche et crie toute sa colère lorsque l’on touche à sa forêt palombienne. Dans le prochain album, nous allons aborder la pollution du Rio et la destruction de la forêt. Bolsonaro va en prendre plein dans le nez. 

Est-ce essentiel que le Marsupilami reste dans sa forêt ?

oui, c’est essentiel parce que c’est à cet endroit que le Marsupilami se trouve le mieux. Par ailleurs, la forêt est un personnage à part entière. Je ne me suis jamais baladé dans cet endroit. Au tout début, cette forêt, c’est du gazon anglais. Aujourd’hui, sans être une caricature, la forêt est plus réaliste. On voit une végétation rampante. Comme elle est humide, on voit l’eau couler sur les feuilles. Autre importance : les bruits. La forêt est très bruyante. Il faut rendre compte de cela.

Vous abordez d’autres sujets d’actualité, comme le machisme…

Oui, avec Bibi, il a été question de féminisme et de parité. Le Marsupilami est le messager de nos sentiments.

Vous avez grandi avec la bande dessinée franco-belge. Pourquoi Franquin a été votre dessinateur préféré ?

On sent chez Franquin un investissement absolu dans le dessin, dans la composition, Il fait tout vivre. Il anime tout mais on n’est jamais dans la farce. Il m’a expliqué qu’il ne fallait jamais être dans le paroxysme. Durant toute sa vie, Franquin ne s’est jamais ménagé. Il se remettait tout le temps en question. C’était un travailleur acharné. Il est à l’image de son travail. J’ai tout appris avec lui.

Infos pratiques

  • Samedi 28 et dimanche 29 septembre de 10 heures à 18 heures au Tennis couverts à Darnétal.
  • Tarifs : 6 €, 4 € une journée, 8 €, 6 € les deux jours, gratuit pour les moins de 16 ans, les étudiants de l’Université de Rouen et les porteurs de la carte Atout Normandie.
  • Programme complet sur www.normandiebulle.com

Avec Batem

  • Séance de dédicace pendant le festival Normandiebulle
  • Exposition de planches originales dans les tennis couverts
  • Leçon dessinée samedi à 15h45 et dimanche à 16h30