C’est un spectacle qui se joue dans les établissements scolaires et pour les adolescents. Dans My Brazza, écrit par Ronan Chéneau et mis en espace par David Bobée, Florent Mahoukou raconte, danse sa ville et son parcours d’adolescent et de jeune homme devant des élèves subjugués.

 

cdn My-Brazza-2-Photo-DRMy Brazza, c’est l’histoire de Florent Mahoukou. Celle aussi du Congo-Brazzaville, « un pays sous-équipé » avec une capitale semblable à « un énorme chantier ». Les deux sont liées pour ce danseur et chorégraphe qui, à 16 ans, n’a pas eu d’autres choix que de « grandir d’un seul coup ». Le garçon n’est pas né du bon côté. Il vient du sud. Dans cette partie du pays, les habitants sont assassinés dans la plus grande indifférence internationale. A Brazzaville, théâtre de terribles affrontements et massacres, Florent Mahoukou échappe à la mort et doit s’enfuir vers Pointe-Noire. Depuis, son sac à dos est toujours prêt. Il le raconte dans une autre pièce, Sac au dos, présenté en janvier dernier.

 

My Brazza, programmé par le CDN de Haute-Normandie, s’adresse aux adolescents. Pendant une heure, dans une salle de classe, le danseur se raconte, se remémore quelques souvenirs : la guerre civile, la fuite, l’errance, les cachettes. Il se souvient de Brazzaville, cette cité si vivante avec ses artisans et ses marchands, ses copains. Il n’a bien évidemment pas oublié ce jour où il a failli être fusillé, où il s’est retrouvé sous quelques cadavres. Là, le danseur se réfugie sous les bureaux, disposés comme une tente, pour lâcher quelques confidences. Mais pas trop. Les épisodes les plus douloureux, il les tait. Aux questions plus précises des collégiens, Florent Mahoukou ne répond pas. Il les élude et s’en sort par une pirouette verbale.

 

Dans la vie de Florent Mahoukou, il y a surtout la danse. « C’est mon plaisir ». C’est aussi un acte politique. La danse de Florent Mahoukou est spontanée, urbaine et empreinte de tradition, délicate et violente pour exprimer des sentiments et des douleurs. Avec My Brazza, le danseur crée des instants de douce folie, puis des moments très intimes. Il réussit à capter l’attention et le regard des élèves, émus par cette histoire et la puissance du geste. Il donne une belle leçon de géographie avec son corps et met la classe sens dessus dessous. A l’image de cette ville qu’il aime tant et qu’il n’a pas reconnu lors de son retour, six ans après sa fuite. Cependant, Brazzaville, c’est « une promesse infinie ». Comme la jeunesse des collégiens. Florent Mahoukou leur a répété : « profitez-en ».