Le moment était attendu : vivre 18 heures de théâtre avec la Piccola Familia et cette pièce hors-norme, Henry VI de Shakespeare. Il a été magnifique. Cette intégrale, donnée samedi 20 juin au Théâtre des Arts à Rouen, fera date.

 

photo Nicolas Joubard

photo Nicolas Joubard

Le plateau est plongé dans le noir. Seule la servante apporte une mystérieuse lumière. La servante, cette étonnante lampe toujours allumée lorsque le théâtre est déserté et condamné à l’obscurité pour accompagner les fantômes… Thomas Jolly l’envoie vers les cieux. Le théâtre peut commencer : 18 heures avec la Piccola Familia et Henry VI de Shakespeare.

 

C’est à une grande fête du théâtre que le metteur en scène de la compagnie rouennaise a convié le public du Théâtre des Arts. Pour mener une telle aventure, il faut avoir une sacrée foi dans ce théâtre. Il a imaginé avec subtilité et inventivité cette saga. Depuis Arlequin poli par l’amour de Marivaux, sa première pièce, on sait que Thomas Jolly est un metteur en scène rusé, jouant avec des influences théâtrales et cinématographiques et renouvelant le genre avec des partis pris audacieux. Il a offert un véritable moment de théâtre rock et populaire.

 

Un théâtre intelligent qui se partage avec gourmandise et qui ne pouvait que se vivre dans une réelle communion. Parce qu’il y avait une envie, tout d’abord, du côté des comédiens. Ils ont tous été époustouflants : Thomas Germaine (Henry VI), toujours aussi juste, Bruno Bayeux (le cardinal de Winchester), hilarant. Geoffrey Carey est émouvant dans les habits de Gloucester. Flora Diguet joue une Jeanne d’Arc débridée. Manon Thorel est irrésistible dans le rôle de la Rhapsode. Elle fait quelques apparitions pour taquiner le public, lui rafraîchir la mémoire et lui confier les anecdotes de la création.

 

Il y avait aussi une envie du côté du public. Il a dû se lever tôt – être au théâtre à 10 heures – et se coucher très tard – la pièce s’est terminée à 3h45 – pour parcourir la Guerre de Cent ans, assister au délitement d’une société égoïste où tous les coups sont permis. Pendant ces 18 heures, on est traversé par une jolie palette de sentiments. Dans le Henry VI de Thomas Jolly, il y a de l’humour, de l’émotion, de la puissance, de la générosité… On attend la suite avec impatience. Le metteur en scène travaille sur Richard III qui sera créé la saison prochaine à Rennes.