Certaines expositions qui composent le programme de Normandie impressionniste ne seront pas complètes. En raison de l’épidémie, toutes les œuvres ne pourront pas être acheminées. Explication avec Sylvain Amic, directeur de la Réunion des musées métropolitain (RMM) à Rouen, et Annette Haudiquet, directrice du MuMa, musée d’art moderne André-Malraux au Havre.

Le 3 avril 2020, c’était la date prévue pour le lancement de Normandie impressionniste, un festival régional qui met en lumière un épisode de l’histoire de l’art. La pandémie du coronavirus vient perturber cette nouvelle édition marquant les 10 ans de l’événement et ayant pour thème La Couleur au jour le jour.

Pas d’annulation

Pour l’instant, pas d’annulation du festival mais un report. « Annuler n’était pas la solution », estime Sylvain Amic. Normandie impressionniste aura bien lieu. Annette Haudiquet l’assure : « nous travaillons dans cette perspective et nous sommes dans les starting-blocks ». À quelle date alors commencera le festival ? Elle n’est pas fixée et reste suspendue à l’évolution de la crise sanitaire.

Une chose est certaine : toutes les œuvres annoncées ne pourront arriver jusqu’en Normandie. « Cela fait quinze jours que nous nous battons pour sauver les expositions. Il nous a fallu convaincre nos interlocuteurs de poursuivre leur travail. À l’étranger, nous avons dû faire comprendre quelle était la situation française. Mais tout s’est écroulé vendredi », confie Sylvain Amic. Vendredi 13 mars, le jour où Edouard Philippe, Premier ministre, a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.

Deux semaines décisives

Depuis, tous les musées sont fermés. Les équipes sont confinées, en télétravail. Seules quelques personnes effectuent des rondes pour assurer la surveillance des lieux. Ces deux dernières semaines du mois de mars étaient pourtant importantes dans l’organisation des expositions. « Les musées ne lâchent jamais les œuvres très tôt. Elles sont emballées trois semaines avant et transportées deux semaines avant d’être accrochées. Or, aujourd’hui, plus personne n’est disponible pour gérer les procédures de prêt. Le Metropolitan de New York est même fermé depuis jeudi 5 mars. Tout est remis en cause », remarque le directeur de la RMM.

Au MuMa au Havre, un camion devait arriver avec une vingtaine de caisses ce lundi 19 mars. « Un premier est venu jusqu’au musée la semaine précédente, moins gros et moins plein. Nous avions prévu le début de l’accrochage le premier jour du confinement en France. Tout devait s’enchaîner. Nous étions prêts avec toute la scénographie. Les cimaises sont installées et peintes », confirme Annette Haudiquet. Aujourd’hui, aucune œuvre ne se retrouve dans la nature. Toutes sont dans des endroits sécurisés ou entreposées dans les réserves.

Rassurer

Désormais, « nous avons repris notre bâton de pèlerin pour recontacter tout le monde. Nous allons trouver des solutions », espère Sylvain Amic. Même travail pour la directrice du MuMa : « nous sommes dans la gestion de crise. Nos interlocuteurs ne voient pas plus clair que nous. Il faut alors rassurer les prêteurs et les collectionneurs. Les prêts ne sont pas remis en cause ». 

L’idéal : un lancement de Normandie impressionniste avant l’été pour garantir la réussite du festival. Selon le directeur de la RMM, « les musées ont peu d’espace. Quand ils prêtent des œuvres, ils aiment bien les voir revenir et parfois, ils se sont engagés ailleurs. Normandie impressionniste ne pourra durer tout l’automne. D’autant que nous avons Le Temps des collections qui arrivent juste après ». Annette Haudiquet a en revanche reçu l’assurance notamment du musée Georges-Pompidou à Paris d’un éventuel prolongement des prêts. « Ce n’est pas si rare, notamment quand les expositions fonctionnement bien, les prêteurs sont d’accord. Nous savons déjà que les œuvres sont libres jusqu’en décembre ».

Des États-Unis à la Pologne

La RMM a prévu six expositions aux musées des Beaux-Arts de Rouen, de la Céramique, de la Corderie Vallois et au muséum d’histoire naturelle, trois dans le cadre de La Ronde. Pour François Depeaux, l’homme aux 600 tableaux, « la plupart sont chez nous puisqu’il avait effectué une grande donation. Nous souhaitions aller chercher celles qui ont été offertes ailleurs et vendues. Et celles-ci se trouvent aussi en Hongrie, en Suisse, en Allemagne, aux États-Unis et au Royaume-Uni ». L’exposition consacrée à Leon-Jules Lemaître est « accrochée et sécurisée ». Pour les autres, « c’est en cours ».

Au Havre, le MuMa fera passer des Nuits électriques pour montrer comment les artistes du XIXe siècle se sont emparés du paysage avec l’arrivée de l’électricité. Peintures, photographies, aquarelles, gravures et films, en tout 150 œuvres, proviennent de France, pour la plupart, mais aussi de Pologne, de Suède, des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, d’Autriche et du Royaume-Uni qui a commencé un confinement de trois semaines.