C’est l’opéra-phare de cette saison à l’Opéra de Rouen Normandie. Don Giovanni, mis en scène par le directeur Frédéric Roels et joué du 26 février au 10 mars, est un chef-d’œuvre de Mozart qui n’a jamais quitté le répertoire. A travers les années, la figure de Don Juan est devenue un mythe. Explication avec Alexis Pelletier, enseignant et poète.

 

scenoDongio1Le personnage de Don Juan, on le retrouve en littérature, à l’opéra, au cinéma, dans les arts plastiques… Pendant de nombreuses années, il a beaucoup inspiré, fasciné, parfois agacé… Pour devenir un mythe. Comme Don Quichotte ou Faust. De Don Juan, on retient avant tout la figure du séducteur. « Leporello (valet de Don Giovanni) dit qu’il parvient à séduire 1007 femmes en France, 90 en Turquie, 640 en Italie… », rappelle Alexis Pelletier. Or, il n’est pas seulement qu’un coureur de jupons. Le poète le définit comme un « grand seigneur et un méchant homme. Un grand seigneur parce qu’il a le sens de l’honneur et donne l’aumône aux pauvres. Et un méchant homme parce qu’il va choir dans le mal ».

 

Don Juan se montre comme un libertin mais aussi comme un « rebelle » remettant en cause, avec Molière et Mozart, les valeurs de la société de l’époque. « Molière dont le texte sera censuré interroge la famille en se moquant de la figure du père, le mariage, la religion. Donc tous les fondements de la société du XVIIe siècle. Avec Mozart et Da Ponte, Don Juan ne respecte pas les valeurs pour les mettre en discussion ». Dans ces œuvres, « la séduction ne fonctionne plus ».

 

 

Venant de l’Espagne

Il faut aller chercher les origines de Don Juan en Espagne. « Il apparaît au XVIIe siècle. Nous avons des traces dans le théâtre populaire. Don Juan est un galant, un bachelier qui se rend à l’église pour séduire les femmes ». Dans L’Abuseur de Séville et l’invité de pierre, écrit en 1620, Tirso de Molina (1583-1648), auteur espagnol, raconte l’histoire de ce Don Juan avec « une option religieuse ». Le personnage va se repentir. « L’auteur se serait inspiré d’un homme, Miguel Mañara, vivant à Séville ».

 

Le personnage de Don Juan « devient vite un personnage de théâtre parce qu’il permet d’utiliser toute la machine théâtrale. A la fin du XVIIe siècle, il est déjà un mythe. Celui qui questionne les valeurs de la société a un écho européen très rapidement à travers différentes adaptations ». Il y aura celle de Dorimon, de Beaumarchais… « On demande à Thomas Corneille de réécrire l’histoire en supprimant plusieurs scènes dont celle du pauvre. Jusqu’au début du XXe siècle, on va jouer uniquement le texte de Corneille ».

 

La figure de Don Juan a traversé les siècles. Or, « ce mythe entre en décadence au XIXe siècle quand la religion n’est plus un sujet central. La statue du commandeur n’est plus présente. Aujourd’hui, on invente plus beaucoup sur ce personnage de Don Juan ».

 

  • Vendredi 26 février à 20 heures, dimanche 28 février à 16 heures, mardi 1er, jeudi 3, samedi 5, mardi 8 et jeudi 10 mars au Théâtre des Arts à Rouen. Tarifs : de 68 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr