photo Aglaé Bory

photo Aglaé Bory

Le succès continue pour Emmanuel Noblet. Comédien rouennais au jeu physique, il a collaboré notamment avec le Chat foin de Yann Dacosta, joué pour la télévision et le cinéma. Il s’est lancé avec un appétit d’ogre dans l’adaptation du roman de Maylis de Kerangal, Réparer Les Vivants. Pourtant, il n’était pas facile de porter à la scène cette histoire bouleversante de transplantation cardiaque. Et il a réussi à éviter tous les écueils. Au festival d’Avignon où le spectacle a été créé, ce fut un triomphe. Comme la tournée qui a commencé à la rentrée. Emmanuel Noblet joue du 9 au 18 novembre au CDN de Haute-Normandie, au Rexy à Mont-Saint-Aignan, puis au Havre, à Lillebonne et Yvetot. Interview.

 

Est-ce que adapter un tel roman a été un défi ?

Je suis comédien depuis 15 ans. J’étais arrivé à un moment de mon parcours où j’allais décider de ce que j’avais envie de raconter comme acteur. J’ai lu Réparer Les Vivants le jour de sa sortie. Il était évident pour moi que je devais raconter cette histoire. Pour la première fois, je me lançais un défi. A une période, j’ai beaucoup tourné. Dans ces moments-là, les autres ne s’inquiètent pas pour vous. Ils se disent : c’est bon, ça roule pour lui. Or, je suis resté sans jouer pendant un an. C’était vertigineux. L’occasion a donc été de faire ce dont j’avais envie, d’être le moteur de mon propre parcours, d’imaginer un projet un projet qui ait du sens. J’aime le théâtre utile qui raconte quelque chose. Dans Réparer Les Vivants, il y avait tout cela, un point de vue, une éthique, une perspective.

 

Est-ce que la forme s’est aussi imposée à vous ?

Dans ce livre, il y a de l’héroïsme, de la générosité, de la vie. Dramaturgiquement, c’est intéressant. J’étais persuadé qu’il fallait raconter cette histoire les yeux dans les yeux. J’ai adoré voir des acteurs seuls en scène parce qu’on est obligé de tout inventé. J’ai voyagé devant Caubère, devant Gallienne.

 

Pourquoi les yeux dans les yeux ?

C’est une épopée magnifique. Pendant 24 heures, il faut prendre les bonnes décisions afin qu’une personne revive. Pour dire un tel roman, il suffit de dire les mots. Quand je suis sur scène, je regarde les spectateurs, je vois les yeux de chacun. Je raconte comme si j’étais le seul narrateur. Je fais assez vite pour raconter parce que l’histoire est haletante.

 

Comment vous sentez-vous seul sur scène ?

C’est vertigineux. J’ai compris à la première représentation qu’il s’était passé quelque chose. D’autant de Maylis de Kerangal était dans la salle avec son mari, à l’endroit où j’imaginais le père et la mère. J’ai senti aussi ce que s’était de ne pas avoir de partenaires sur scène. On n’a pas de renfort et personne ne viendra m’aider s’il y a un problème. Assez vite, cela m’a plu. C’est hyper excitant.

 

Est-ce que le travail d’adaptation a été un moment particulier ?

J’ai beaucoup aimé ce travail d’écriture. J’ai un esprit de concision. Pour moi, ce fut un travail de deuil parce que j’ai aimé tout le roman. Or, je devais garder uniquement le fil de l’histoire. Pendant ce travail, j’ai relu tout le roman, repris page par page pour extraire le principal. Des 281 pages, je suis passé à 35 pages. Je les ai faites lire à Maylis de Kerangal. Elle m’a écrit qu’elle avait retrouvé tout son roman. J’ai adoré.

 

Quels étaient les écueils à éviter dans ce travail ?

Je me suis dit très vite que je ne devais pas aller dans le pathos, dans l’émotion. Il y a une vitalité dans le texte qu’il faut garder. Je devais donc être juste un passeur de mots, d’émotions. Et cela m’allait très bien. Je ne fais pas non plus un one-man-show. J’esquisse les personnages. Je ne les joue pas tellement. Je les « silhouette » plutôt.

 

Ce spectacle est un vrai succès. Comment le vivez-vous ?

Cela a été très étonnant. Vu les conditions dans lesquels il a été monté. J’ai mis un an et demi à le monter. Quatre mois avant le festival d’Avignon, le CDN de Haute-Normandie décide de m’accompagner. Toute l’équipe m’a fait un énorme cadeau. Le jour de la première, j’avais l’impression que le spectacle n’était pas prêt. A partir de la deuxième représentation, il y a eu un défilé de médias. J’attendais celui qui allait dire que ce n’était pas bien.

 

Les dates

  •  Lundi 9, mardi 10, jeudi 12, vendredi 13 novembre à 20 heures, samedi 14 novembre à 18 heures, lundi 16, mardi 17 et mercredi 18 novembre à 20 heures au Rexy à Mont-Saint-Aignan. Tarifs : 14 €, 9 €. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-hautenormandie.com Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du 10 novembre.
  • Jeudi 3 décembre à 20 heures au théâtre de l’Hôtel de ville au Havre. Tarifs : de 20 à 10 €. Réservation au 02 35 19 45 74 ou sur www.lehavre.fr
  • Mardi 2 février à 20h30 à Juliobona à Lillebonne. Tarifs : 17 €, 14 €, gratuit pour les moins de 12 ans. Réservation au 02 35 38 51 88 ou sur www.juliobona.fr
  • Mercredi 30 mars à 20h30 au théâtre du Château à Eu dans le cadre du festival Terre de Paroles. Tarifs : de 12 à 9 €. Réservation au 02 32 10 87 07.
  • Vendredi 1er avril à 20h30 aux Vikings à Yvetot. Réservation au 02 35 95 15 46.