Dans Presqu’illes de Sarah Pèpe, il est question de l’inégalité entre les femmes et les hommes sous le prisme du langage. La compagnie M42 lit le texte de cette pièce dimanche 16 septembre à la scène nationale de Dieppe dans le cadre des Journées du Matrimoine et avant la création en mars 2019.

illustration Alice Saey

Au point de départ de ce texte, il y a un constat. « Ce qui n’est pas nommé n’existe pas ». Une affirmation de Sarah Pèpe qui s’est interrogée sur les enjeux de la disparition des mots après une conférence d’Aurore Evain, chercheuse, comédienne et metteuse en scène. Cela concerne étrangement la féminisation de certains mots. Pourquoi notamment le mot autrice a-t-il disparu de la langue française ? Le rayer des dictionnaires reste un moyen simple de nier l’existence et le travail de ces femmes.

C’est le thème que développe Sarah Pèpe dans Presqu’illes, un livre dont s’est emparée la metteuse en scène Louise Dudek avec sa Compagnie M42. « Je l’ai découvert dans un comité de lecture et je l’ai défendu. Ce texte m’a beaucoup questionnée. Il parle de la féminisation des mots et de la manière dont le langage permet d’appréhender le monde. Je suis féministe, pas une militante, pas une spécialiste non plus. Je trouve normal qu’il existe des mots pour qualifier les choses. Cela ouvre des portes, des champs de réflexion et de lutte. Le langage est une ouverture sur l’égalité entre les femmes et les hommes. On refuse de mettre des mots sur l’évolution de la société. Si on n’y parvient pass, les femmes ne pourront pas créer leur place », remarque Louise Dudek.

Une forme de résistance

Lors des Journées du Matrimoine, la compagnie M42 fait découvrir Presqu’illes à la scène nationale de Dieppe. Avant la création du spectacle en mars 2019, Pier Lamandé, Alvie Bitémo, Claudia Mongumu et Clémence Laboureau lisent ce texte féministe mêlant la grande histoire et la petite histoire. D’une part, des épisodes plus ou moins connus avec le différend entre Marie-Louise Gagneur et les membres de l’Académie française au sujet de l’évolution de la langue, le combat d’Yvette Roudy, ministre du Droit des Femmes, favorable à la féminisation des mots… « Les débats ont été très enflammés. Les mots de ces hommes, remis dans un contexte, font rire parce qu’ils sont absurdes », souligne la metteuse en scène. D’autre part, un garçon d’une école élémentaire qui refuse la faute d’accord soulignée en rouge par son institutrice. Il va alors l’obliger à rester dans la classe afin d’avoir une explication sur la règle de grammaire.

Presqu’illes revient sur les violences verbales qui n’ont d’ailleurs toujours pas disparu. C’est une histoire de résistance pour rappeler que le langage forge l’esprit.

  • Dimanche 16 septembre à 17h30 au bar de la scène nationale de Dieppe en présence de Sarah Pèpe. Entrée gratuite. Réservation au 02 35 83 04 43.