Le mouvement HF a permis de mettre en lumière les inégalités entre les femmes et les hommes dans le secteur culturel. Il mène depuis plusieurs années de multiples réflexions et actions dont les Journées du Matrimoine les 15 et 16 septembre.

 

L’ambition du Mouvement HF ? Disparaître ! Comme Les Restos du cœur… Or l’association lancée par Coluche est toujours là trente-trois ans après sa fondation. En cause : le niveau de la pauvreté n’a malheureusement pas diminué en France. Il se pourrait bien que le Mouvement HF connaisse une trajectoire similaire. En matière d’égalité entre les femmes et les hommes, la tâche est considérable. Il y a certes les bons et les mauvais élèves. Le secteur culturel, lui appartient à la seconde catégorie. Impensable après une première réflexion. 

Pourtant, les chiffres sont criants voire alarmants. Comme le démontre l’étude publiée en 2018 par le Haut Conseil à l’égalité. Moins d’1/3 des œuvres programmées dans les théâtres publics sont signées par des femmes. Moins d’1/4 des longs métrages sont réalisés par une femme. 2 % seulement des pièces musicales interprétées dans les structures labellisées sont des partitions écrites par des femmes. Moins d’un artiste sur 4 exposé dans un Frac est une femme.

Aux postes de direction, les chiffres sont ridicules. Sur les 19 centres chorégraphiques nationaux, seulement 3 femmes sont directrices. Sur les 85 centres dramatiques nationaux, 10 femmes occupent le poste de direction. On compte 8 femmes directrices dans les 36 centres dramatiques nationaux. Quant aux cheffes à la tête d’un orchestre labellisé, il n’y en a pas une ! Pas mieux concernant les aides publiques : 1 artiste soutenu sur 5 est une femme. C’est pire pour les salaires : une femme artiste gagne en moyenne 18 % de moins qu’un homme.

Une légère évolution

La Normandie ne fait pas mieux. Le Mouvement HF en Normandie a mené une étude dans 36 lieux en s’appuyant sur les saisons 2010-2011 et 2011-2012. 60 % des spectacles programmés sont signés par des hommes (20 % par des femmes, 20 % par un couple mixte). Le chiffre monte à 69 % lorsqu’il s’agit des auteurs et compositeurs (18 % de femmes et 13 % par un couple mixte). Les responsables artistiques sont à 61 % des hommes. La tendance s’inverse pour les postes d’administration, de relations publiques et de communication.

Huit ans plus tard, les chiffres ont cependant évolué. Peu aux postes à responsabilité. En revanche, les programmations sont plus équilibrées. Certains directeurs et directrices de structures veillent à une parité (lire l’article du mercredi 12 septembre). Néanmoins, il n’y a pas eu de grands bouleversements. Le Mouvement HF a encore beaucoup de travail pour parvenir à une réelle égalité.

 

Explication avec Rozenn Bartra, représentante de HF en Normandie.

Comment interprétez-vous ces chiffres ?

Quand les premiers chiffres ont été publiés, ils ont eu l’effet d’une bombe. On n’imaginait pas de telles inégalités dans le milieu culturel. C’est incroyable mais les femmes occupent davantage de postes à responsabilité dans l’armée que dans le secteur des arts et de la culture. Il serait mentir de dire que les choses ne bougent pas. Il y a des avancées mais elles sont très lentes. Nous sommes maintenant entrés dans le temps de l’action.

Quelles sont ces avancées ces dix dernières années ?

Très peu de choses. Il y a juste une progression très marginale. Les chiffres démontrent que moins d’1/3 des femmes ont des postes à responsabilité. Elles se retrouvent dans une proportion invisible. On ne les voit pas.

Pourquoi existe-t-il de telles inégalités dans le milieu culturel, un secteur dans lequel les acteurs sont des personnes évidemment ouvertes ?

C’est le reflet de la société. Dans les salles, dirigés par des hommes, les femmes vont voir des spectacles écrits et mis en scène par des hommes. Le secteur culturel produit une vision du monde qui n’est pas égalitaire. Et cela pose problème. Il faut prendre conscience de cette discrimination. Comme il y a un manque de volonté, il faut prendre des moyens coercitifs. Nous revendiquons des objectifs chiffrés. Il faut avancer aujourd’hui. Nous n’avons plus de temps. Les femmes artistes doivent prendre leur place.

Les étudiantes sont en revanche majoritaires dans les formations. Où vont-elles ensuite ?

Selon, une étude du Mouvement HF d’Île-de-France, elles s’évaporent. On empêche les femmes à arriver à prendre des responsabilités mais certaines considèrent qu’elles ne sont pas légitimes pour les postes à responsabilité. Pour d’autres, c’est difficile, notamment dans le cadre de la construction d’un foyer. Il y a des horaires décalés, les salaires ne sont pas stables… Les étudiantes issues des écoles des Beaux-Arts ne vont pas sur le marché de l’art mais préfèrent des postes de pub designers. Il y a une forme d’autocensure.

Quelles sont les mesures les plus importantes à prendre ?

Il faut veiller à la répartition des financements publics. On ne les répartit pas de façon égalitaire entre les talents. Il est essentiel de donner aux femmes des moyens de produire et des temps de création. Si elles n’ont pas cela, on ne peut pas les retrouver sur les plateaux.