Les trois comédiennes, Hélène Francisci, Adélaïde Bon et Ariane Dionyssopoulos, créent leur compagnie, Une Chambre à soi, pour porter en tout lieu la lecture à voix haute.
Elles se sont aménagées Une Chambre à soi, nom de la compagnie qu’elles viennent de fonder. Hélène Francisci, Adélaïde Bon et Ariane Dionyssopoulos sont trois comédiennes qui se connaissent depuis plus de vingt ans. La première, rouennaise, toujours pétillante et généreuse, joue et chante. On l’a vue aux côtés de Yann Dacosta, Thomas Germaine, Sophie Lecarpentier, Pierre Delmotte, Laëtitia Botella… Adélaïde Bon est aussi autrice et a signé un roman poignant, La Petite Fille sur la banquise. Quant à Ariane Dionyssopoulos, également plasticienne, elle a façonné d’étonnants Bonshommes.
Une Chambre à soi renvoie à l’essai de Virginia Woolf, A Room of One’s Own, qui dénonce la société de patriarcat et l’absence de place pour les femmes artistes dans le monde. Cette chambre à soi que Marie Darrieussecq retraduit par Un Lieu à soi devient « un cocon intime, en endroit protecteur pour créer », explique Hélène Francisci.
« Amener la parole partout »
Après Viens lire au Louvre qu’elles ont porté pendant treize ans avec le musée parisien et le rectorat, ces trois drôles de dames ont souhaité poursuivre ensemble leurs aventures artistiques au sein de cette compagnie. Leur spécialité : la lecture à voix haute. Leur objectif : « amener la parole partout où elle ne va pas. J’aime beaucoup lire parce qu’il n’y a besoin de rien. La lecture permet cette liberté de juste raconter, dire les mots de textes exigeants et populaires. Avec le public, il n ‘y a pas de filtre. Au théâtre, ce quatrième mur m’ennuie. Avec les lectures, il est possible de regarder le public dans les yeux. Le rapport est immédiat. On peut tout de suite être traversé ».
Lire n’est pas un exercice simple. Outre le montage du texte, il y a surtout la recherche de « l’endroit de vérité, remarque Hélène Francisci. Quand on lit, on ne joue pas le rôle d’un personnage mais de plusieurs. Sans oublier le narrateur. Comme il n’y a pas de costume, pas de décor, pas de lumière, il faut donner des images à l’autre. L’énergie est différente de celle sur un plateau de théâtre. La lecture demande une grande concentration et le corps est sans cesse en tension. Si on est trop en avant ou en arrière, on perd le sens de l’histoire. Il faut trouver et rester au bon endroit afin de faire entendre tous les sens. En fait, nous sommes un arc avec flèches et il faut viser au plus juste. C’est très délicat ».
Hélène Francisci
La compagnie Une Chambre à soi propose diverses lectures pour tous les publics et développe deux projets. Le Premier, Rupture(s), mené avec Florent Hondu, s’écrit à partir de l’ouvrage de Claire Marin sur les blessures qui ne peuvent cicatriser. Mais comment font les autres ? revient sur le mythe des trois Moires pour interroger la naissance, le destin et la mort.
photo : Adélaïde Bon, Hélène Francisci et Ariane Dionyssopoulos © DR