Les Jardins sauvages sont ouverts durant ce mois d’octobre. Ils marquent la fin de la résidence de l’artiste rouennais, Laurent Martin, qui a passé trois ans au jardin des plantes. Son travail est à découvrir sur les pelouses et dans le pavillon XVIIe.
Rien ne se perd, tout se transforme… Laurent Martin pourrait reprendre la phrase de Lavoisier. L’artiste rouennais accumule dans son atelier toute sorte de matériaux pour leur redonner une autre vie, pour créer des œuvres et du sens. « Le matériau oriente ce que je vais dire et défendre. En les récupérant, je sauve des formes, des textures, des couleurs… Je les valorise et les remets dans un circuit. Tous parlent déjà parce qu’ils ont une histoire. À un moment où on aime davantage les choses qui brillent, je vais chercher ce que l’on jette, répudie. C’est aussi une forme de lutte. Il ne faut jamais abandonner ».
Laurent Martin, tel un bricoleur, joue avec ces objets mis au rebut. Il le fait surtout avec leur forme et leur côté organique. Il y a tout d’abord ces bidons blancs qui n’en ont jamais été puisque la machine a produit des pièces informes, semblables à des sculptures antiques qu’il installe sur un bassin ou des squelettes de créatures étranges. Il y a aussi les lattes des palettes en bois. Laurent Martin construit une araignée géante, Octopus, des chrysalides, tels des refuges. Avec Tatiana Wolska et Laurent Tixador, il crée Topothesia, trois œuvres réalisées avec des matériaux de récupération pour s’interroger sur la notion de construction de lieux imaginaires.
Des châteaux pour mégalos
Toutes ces sculptures monumentales se trouvent dans le jardin des plantes à Rouen et viennent clore les trois années de résidence de Laurent Martin. Un projet initié par Nos Années Sauvages, porté par Thomas Cartron et Sylvain Wavrant. « Je suis arrivé sans projet précis. Je n’aime pas avoir une ligne de conduite. J’ai préféré me laisser guider par l’environnement ».Le sculpteur a crée une pièce chaque année. Sans oublier la scénographie du Chandelier de Musset, mis en scène par Bruno Bayeux.
Cette restitution est l’occasion de découvrir l’étendue de l’œuvre de Laurent Martin. Une œuvre qui est également marquée par l’architecture. Dans le pavillon XVIIe, l’artiste présente une série de collages de châteaux imaginaires qui peuvent être habités uniquement pas des personnes mégalomanes. « Les châteaux sont des concours d’égo. Comme les tours aujourd’hui. C’est à celui qui va élever la plus haute ». Laurent Martin découpe des façades, des tours de château pour les assembler et construire des édifices gigantesques et imposants. Voilà Les Châteaux dans les nuages, titre de cette exposition. « Cela me permet de parler de l’extension des villes, et leur emprise sur la nature. Les villages deviennent des villes qui deviennent des pétroles qui deviennent des mégalopoles ».
L’architecture est aussi présente dans cette installation représentant une ville imaginaire faite de morceaux de meubles soutenus par des échafaudages en baguette. Pendant le confinement, Laurent Martin a enfin sculpté des savons soudés par l’eau bio forment des stalagmites parfumées. Ce savon si précieux aujourd’hui puisqu’il doit ôter des mains tout virus.
Jusqu’au 21 octobre, il ouvre ainsi son cabinet de curiosités faits d’œuvres interrogeant sur le lien entre l’art et la nature, sur tous ces matériaux, considérés comme bons pour la poubelle mais offrant plein de possibles.
Infos pratiques
- Jusqu’au 21 octobre au pavillon XVIIe au jardin des plantes à Rouen.
- Visite commentée les samedis 3, 10 et 17 octobre, les dimanches 4, 11 et 18 octobre et les mercredis 7, 14 et 21 octobre à 14 heures et 15 heures. Réservation sur www.nos-annees-sauvages.com

