Le Collectif Naïf invente une fiction, pour de vrai…

La première exposition du Collectif Naïf, très réussie, est une invitation à déambuler dans des espaces où les différentes images renvoient à la fois vers un réel connu et dans une fiction à inventer. Pour de vrai ? est à découvrir jusqu’au 13 décembre au Hangar 107 à Rouen.

Pour découvrir cet endroit, il est possible d’entrer par le salon ou par le jardin après avoir traversé la rue. Le Collectif Naïf invite chez lui, dans ce grand espace avec trois univers où neuf artistes rouennais, tous diplômés de l’ESADHaR, interrogent la fonction de l’image et place le public dans un endroit a priori familier. En fait, ils jouent avec les perceptions d’un réel et d’un quotidien. Est-ce bien Pour de vrai ?, c’est le titre bien trouvé de la toute première exposition du Collectif Naïf, à voir jusqu’au 13 décembre au Hangar 107 à Rouen.

La visite peut commencer dans la rue tranquille où il est possible de flâner, même de jouer — un ballon n’est pas loin. Celle-ci est délimitée par 20 mètres d’un trottoir construit avec des blocs de ciment blanc mélangé à des éclats de verre de bouteilles récupérées. Hugo Denise s’inspire là du terrazzo, des fragments de marbre ou de céramique insérés dans un ciment poli et retrouvés en Mésopotamie et à Pompéi. Ce trottoir, qui n’a ni point de départ ni point d’arrivée, devient ainsi un vestige en gardant des traces de ces bouteilles utilisées lors d’un moment précis.

Direction le parking. Là, Alice Feuillère le décore de paysages façonnés sur des feuilles d’aluminium, tels des panneaux publicitaires. « J’ai toujours eu un attrait pour le métal et la lumière artificielle. » Elle a reproduit des souvenirs de sites visités lors d’un voyage en Thaïlande. « Des images m’ont marquée. Comme un hôtel, en cours de construction, abandonné et envahi par la végétation. Quelque chose s’était figé là. » C’est la lumière qui révèle les images sur ces plaques, travaillées à l’envers.

Mariia Lepik se souvient de son voyage en Islande au printemps 2025. « Je me sentais de trop sur cette île. Il faisait 20°, une température exceptionnelle. Cela a créé une brume de mer. » Cette brume qu’elle matérialise par deux bâches. Derrière, la photographe expose des images de paysages mutilés, d’animaux noyés, d’oiseaux morts… « Lorsque l’on explore un tel endroit, on devient un corps étranger sur cette terre aride, hostile à la présence des humains. » 

L’intérieur de la maison, Jeanne Foquereau l’a imaginé « comme un tableau géant » où se brouillent les repères. La plasticienne entremêle des vues extérieures et des images intérieures, de vraies plantes et de faux tableaux. Le tout dans des couleurs pop mais sans présence humaine. Il y a bien Umanz qui donne à voir des « autoportraits », sortis d’un téléphone posé sur une table, évoquant une éventuelle occupation des lieux. André Briot y a ajouté un canapé, aux allures de personnages de bande dessinée, qui enlace avec ses longs bras. « Je me suis inséré dans un entre deux pour interroger la place de l’œuvre d’art. » Dans la rue, comme dans le parking, il laisse trainer de gros sacs poubelles en forme de pouf. Hugo Denise, lui, ouvre une fenêtre vers un ciel étoilé, toujours fabriqué avec du ciment blanc et des tessons de bouteilles.

Emma Maignan s’est souvenue du jeu de fléchettes installé par son grand-père au milieu du jardin. « Cela m’est très cher. » Ses œuvres, liées à l’enfance, confrontent les opposés pour créer des situations absurdes. Comme sur un tableau où elle a représenté deux petites filles, en habit de princesse, avec leur doudou sous le bras, se promenant dans la nature. Elle y a incrusté une cible et posé au sol une fléchette géante. Elle a barré sa peinture de ce mot, Datura, une plante aux effets psychotropes.

Dans le jardin et dans la rue, figés dans le temps, Léon Chotard a installé sur une série de cinq tableaux aux formes enfantines : un soleil, un nuage, une maison, une voiture et un arbre. « J’ai un intérêt pour la forme de l’objet. Il y a donc une relation entre la forme de l’image et son contenu, aussi l’image elle-même. » Le peintre s’est inspiré de la vie de différents saints de l’histoire religieuse sans y attacher un sens. Avec un certain académisme, il compose des scènes absurdes.

Qui sont les habitants de cet espace ? Il faut aller les chercher sur les murs. Teddy Letourneur a réalisé des pantins qu’il est possible d’activer. « Ces corps deviennent des fenêtres. Ce qui permet de voir ce qu’il se passe à l’extérieur et à l’intérieur de la maison, » dans ce jardin fleuri, avec une balançoire près du mur et un ballon sur le trottoir, avec la maison des voisins d’en face… Il n’y a plus qu’à se raconter une histoire.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 13 décembre, du mercredi au dimanche de 14 heures à 18 heures, au Hangar 107 à Rouen
  • Entrée libre et gratuite
  • Renseignements au 07 88 15 89 63 ou en ligne
  • Aller au centre d’art en transport en commun avec le réseau Astuce
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