Brahim Bouchelaghem : « être en apesanteur, c’est le rêve de tout danseur »

photo : compagnie Zahrbat

Almataha est un carnet de voyage que Brahim Bouchelaghem et sa compagnie Zahrbat devaient partager les 28 et 29 janvier au Rayon vert à Saint-Valery-en-Caux. Dans cette nouvelle création qu’il a imaginée pour le jeune public, le chorégraphe aborde le mythe du labyrinthe et ouvre son hip-hop à la marionnette. Shorty danse avec Alhouseyni N’Diaye, Sofiane Chalal et Moustapha Bellal pour trouver son identité. Entretien avec Brahim Bouchelaghem.

Vous êtes au Rayon vert pour les premières représentations d’Almataha mais vous ne pourrez pas rencontrer le public.

Nous sommes là pour continuer notre travail. C’est une chance de pouvoir être sur un plateau en ce moment. Cela reste néanmoins une déception. Pour moi et pour tous les artistes, la culture, le travail artistique, c’est notre vie. Si nous ne pouvons pas danser, rencontrer le public, nous sommes coupés de notre vie. J’ai l’impression de travailler face à un mur qui ne répond pas. Il n’y a plus de sensation.

Dans cette nouvelle création, vous vous inspirez du mythe du labyrinthe. Ne sommes-nous pas aujourd’hui dans un labyrinthe ?

Oui, nous vivons cette même situation. Nous sommes en effet dans un labyrinthe. Nous pensons trouver une route mais nous tournons en rond et nous sommes confrontés à des murs. Ça change tout le temps. Cette pièce est vraiment d’actualité.

Pourtant, vous avez commencé à travailler avant la crise sanitaire.

Le travail a commencé en 2010, à un moment où nous devions être résidence avec la compagnie Zapoï à Valenciennes dans un lieu dédié à la danse. Le projet n’a pas vu le jour et notre création commune a été reportée. J’étais curieux de voir comment il était possible de travailler autour de la marionnettes. J’avais envie de que les danseurs manipulent la marionnette à vu. Ils dansent et font danser la marionnette.

Comment avez-vous imaginé cette relation entre les danseurs et la marionnette ?

Quand j’ai vu la marionnette bouger la première fois, elle m’a fait penser à un humain. Tout un imaginaire s’est construit. J’ai essayé de montrer qu’elle danse toute seule. J’ai transposé les gestes d’un interprète à une marionnette. J’ai pu en plus jouer avec l’apesanteur. Et être en apesanteur, c’est le rêve de tout danseur.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au mythe du labyrinthe ?

Je souhaitais travailler autour du mythe d’Icare, du Minotaure et du fil d’Ariane. L’histoire est belle. Un enfant est dans un labyrinthe avec son père qui lui fabrique des ailes avec des plumes d’oiseaux et de la cire afin qu’il puisse s’évader. Or, le garçon a désobéi. Il est allé trop près du soleil et il s’est brûlé. Nous n’avons pas gardé le même récit. Shorty, la marionnette, doit apprendre à danser, à bouger et gagner les cornes magiques. Pour lui, ce sera tout un parcours à effectuer durant sa vie qui est symbolisé par le labyrinthe.

C’est un chemin aussi vers la connaissance.

Oui, c’est la connaissance de la vie. Comment apprend-on ? Comment se débrouille-t-on tout seul ? Sur ce chemin de la connaissance, il nous arrive de désobéir parce que nous voulons toujours savoir ce qu’il y a derrière la porte.

Comment avez-vous interrogé votre danse dans cette création ?

J’ai en effet eu une nouvelle approche de la danse. Ce qui est intéressant avec la marionnette, c’est qu’il est possible de lui faire faire ce que l’on veut. Elle sait tout faire, notamment danser le hip-hop sans avoir appris ou passé des années à se perfectionner. Le temps n’a pas de trace sur elle. Elle peut faire une arabesque, de grandes enjambées. Et on prend un réel plaisir à lui faire faire.  En même temps, nous lui avons donné une fragilité, un côté poétique. Elle dégage tellement de choses parce qu’elle est très touchante.

  • photo : compagnie Zahrbat
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