Médine : « écrire, c’est pleurer mille fois »

photo : François Vallée

Médine fait un nouveau constat lucide de l’état d’une société divisée pris dans des débats sur les nationalismes et l’identité tout en prônant les valeurs qui lui sont chères. Médine France est le 8e album du rappeur havrais. Il garde cet esprit aiguisé, une écriture ciselée et une certaine autodérision. Il sera vendredi 10 février au Kubb à Évreux avec Le Tangram et samedi 17 juin aux Concerts de l’Armada à Rouen. Entretien.

« Je pleure en rime », chantez-vous. Comment faut-il interpréter cette phrase ?

L’écriture est une thérapie. Je me surprends à ne plus avoir de larmes quand j’apprends les nouvelles les plus tristes. Écrire, c’est pleurer mille fois. Cela me délivre tellement. Dans une chanson, j’essaie aussi de donner des clés de lecture afin d’appréhender ses propres ressentis.

Est-ce qu’un texte est un seul souffle ? Surgit-il comme une crise de larmes ?

Oui, l’écriture ressemble à cela. Le texte arrive comme une réaction à un événement. Avant cette étape-là, j’ai besoin d’intérioriser une souffrance ou un bonheur et de prendre du recul. Quand j’écris sur un sujet d’actualité, je ne m’inscris pas dans le temps médiatique. Tout d’abord parce que je ne veux pas être dans le temps de la colère. Elle est souvent mauvaise conseillère et peut emmener vers de mauvais chemins. Aussi parce que je passe par plusieurs émotions et réflexions. Alors j’ai besoin de faire un amalgame de tout cela. J’ai toujours en tête cette phrase : il vaut mieux être le deuxième à avoir raison plutôt que le premier à avoir tort.

Dans vos albums, vous abordez divers sujets avec un certain regard. Est-ce que tout est politique, sauf l’amour ?

Oui, c’est ça. Tout est en effet politique, sauf l’amour. Pourtant j’essaie de changer d’angles de vue. Même pour un événement sportif. Le terrain politique et géo-politique me rattrape toujours. Il donne un autre sens au fait. Il n’y a pas que la beauté du geste.

Dans vos textes, vous ne dénoncez pas seulement. Il y a toujours une volonté de défendre des idéaux.

Les valeurs que je défends sont toujours dévalorisées par ceux qui soi-disant les prônent. Il suffit de regarder Valeurs actuelles. Dans ce journal, il n’y a rien d’actuel et il n’y a pas beaucoup de valeurs non plus. Je suis dans la bienveillance. Mes idéaux sont plus humanistes. Les questions de liberté et d’égalité m’importent. Ils étaient là alors que j’étais très jeune et me cultivent encore. Quand on arrête d’écrire avec de l’espoir, c’est la fin de tout. Il faut espérer, être dans cette démarche utopique.

Même quand vous abordez la question des nationalismes ?

Oui, forcément. Pour beaucoup, c’est du nationalisme mal placé. Le leur est utilisé pour exclure. Je peux comprendre l’enracinement, l’amour pour des symboles mais, quand il s’agit de les utiliser pour exclure, c’est très critiquable. Là, nous ne sommes plus dans les valeurs de liberté, égalité et fraternité. Et elles ne doivent pas être à géométrie variable.

Est-ce que cet album, Médine France, est le reflet d’une période en particulier ?

Nous avons été dans un temps électoral avec les présidentielles. J’avais envie de parler de ce moment-là et d’apporter une autre résonance. On entendait les mêmes discours. J’arrivais difficilement à m’extraire de ce temps médiatique. Une polémique en chassait une autre. Sur les plateaux télévisés, on avait un décor sensationnaliste, permissif. Or une campagne électorale, c’est un moment de réflexion.

Est-ce pour cette raison que vous avez le « cœur noir » ?

Cela résulte de toutes les vexations de la vie en général. Puis, il y a eu l’annulation du concert au Bataclan à Paris. J’ai été interdit d’une salle de concert. Une telle décision rend le cœur noir. J’ai le cœur solide mais une partie est en train de se noircir.

Que pensez-vous des Flammes, les premières Victoires de la musique du rap ?

Je ne sais pas. Il y a en effet un vrai écartement du rap au sein de l’institution des Victoires de la musique. On y parle de culture urbaine ou de culture populaire mais pas de rap. Cela me gêne beaucoup. Est-ce une bonne chose d’avoir un événement qui se construit en marge ? Est-ce un bon signal ? Quelles répercussions peut-il avoir ? Je ne sais pas quoi en penser. Nous ne pouvons pas nous construire en marge.

Infos pratiques

  • Vendredi 10 février à 20 heures au Kubb à Évreux
  • Première partie : Chamahllow
  • Tarifs : de 25 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture. 
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com
  • Des places sont à gagner
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