Carole Maurel : « mes choix de bande dessinée partent des personnages »

photo : Éditions Dupuis

Retour de Colette dans un 3e tome de Mi-Mouche – Deux sœurs sur le ring, publié le 4 septembre. Colette, c’est cette fille, effacée et timorée, grandissant dans l’ombre de Lison, sa sœur jumelle. Lison, la préférée, la plus belle, la plus gracieuse, la plus intelligente, est décédée dans un accident de voiture. Alors, pour combler cette absence, Colette reprend la danse classique. Sans grande passion. L’ombre qui la suit chaque jour va l’inciter à prendre des risques. Lorsqu’elle entre par hasard dans une salle de boxe, Colette a une révélation. Cette fois, elle va monter sur le ring et mener son premier combat dans la catégorie mi-mouche. Carole Maurel, au dessin, retrouve Véro Cazot, au scénario, dans cette nouvelle histoire tendre, empreinte autant d’émotion que d’humour, d’une Colette qui s’épanouit et ose accéder à ses envies. C’est Colette, pleine de vie et d’élan, n’hésitant pas à casser un mur, qui se retrouve sur l’affiche du festival de bande dessinée de Darnétal, Normandiebulle. Les 26 et 27 septembre, Carole Maurel sera l’invitée d’honneur de cette 30e édition. Entretien.

Vous avez commencé dans le cinéma d’animation. Quel lien faites-vous avec la bande dessinée ?

Je dirai la mise en scène. Je faisais l’animation de personnages que je ne créais pas, aussi la post-production. Le lien pourrait être également la gestion du mouvement. Dans la bande dessinée, les images sont fixes. Et le challenge est là : retranscrire le mouvement dans des images fixes, puis une expression, une allure. Le cinéma d’animation aide par ailleurs au découpage. 

Qu’est-ce qui vous a incité à aller vers la bande dessinée ?

Cela s’est fait tout seul. Il y avait un moment que je voulais faire de la bande dessinée. Dans le travail que j’occupais, j’étais un peu le couteau suisse. J’ai eu l’opportunité de partir. Ce qui m’a permis de signer quelques projets. J’ai commencé par l’illustration pour la jeunesse. Je n’avais pas encore les contacts dans le monde de la bande dessinée. Puis j’ai rencontré Chloé Vollmer-Lo (scénariste de L’Apocalypse selon Magda, ndlr) et les choses se sont imposées.

Avez-vous fait le choix de la bande dessinée pour avant tout raconter des histoires ?

Oui et pour développer un univers. Lorsque je travaillais dans le cinéma d’animation, je n’étais pas à l’origine des chartes graphiques. Dans la bande dessinée, je peux affirmer mon univers au fur et à mesure. Les projets sur lesquels je travaille viennent l’affirmer. Ils sont certes différents pour chaque histoire mais on peut reconnaître un style graphique. Au début, j’avais du mal avec la couleur. Au fil du temps, j’ai gagné en assurance.

Vous évoluez en effet dans divers univers. Il peut être presque fantastique dans Luisa, ici et là et historique dans Bobigny 1972. Il est tendre dans Mi-Mouche.

Avec Mi-Mouche, c’est la première fois que je touche à un public plus jeune. Pour les adultes, ce sont surtout des romans graphiques. Là, les exigences ne sont pas les mêmes, le rythme n’est pas le même. Et cela me pousse à aller chercher de nouveaux outils que je ne maitrise pas toujours.

Les albums abordent des thématiques qui vous sont chers avec des femmes qui sont en lutte pour leurs droits.

Je suis à l’aise là-dedans. Il y a un choix de ma part et aussi celui des scénaristes qui pressentent mes engagements à travers les albums que j’ai pu réaliser avant. J’ai cette chance d’avoir de telles propositions. Pour Mi-Mouche, c’est différent. Véro Cazot est venue vers moi après la publication d’un dessin sur les réseaux sociaux. Mes choix de bande dessinée partent des personnages, de ce qu’ils incarnent et de la manière dont je vais les incarner. Ce n’est pas parce que l’on propose un biopic féministe que je vais accepter le projet. Ce qui m’intéresse est ce que racontent les personnages, comment ils me touchent et s’il y a matière à s’éclater.

Il y a une grande vivacité dans vos traits. Vos héroïnes sont pleines d’énergie et de vitalité. Elles ont un regard franc.

Ce sont des gimmicks graphiques. C’est ma manière de dessiner les personnages. C’est aussi de cette manière qu’ils sont décrits par les scénaristes. C’est vrai, il y a pas mal de guerrières. Ce sont des femmes qui s’affirment et s’émancipent. Pour les personnages principaux, les traits viennent assez vite. C’est différent pour les personnages secondaires. Mais tout dépend des scénaristes. Si j’ai le champ plus libre, je peux tâtonner. 

Colette dans Mi-Mouche est aussi une guerrière.

Je l’aime beaucoup. Je m’y suis attachée. Véro a réussi à développer un univers riche autour de cette gamine. Dans cette bande dessinée, nous sortons des carcans que l’on a l’habitude de voir. La maman est un personnage complexe. Je suis parent et je peux me projeter. Elias, l’ami fidèle, transmet quelque chose par rapport à la danse. Et tout ne passe pas par le dialogue, par le mouvement aussi.

Une bande dessinée demande plusieurs étapes de travail. Laquelle préférez-vous ?

J’aime écrire le storyboard. C’est une phase travaillée à deux. C’est le moment où l’on échange le plus. Le travail de l’un nourrit le travail de l’autre. C’est aussi l’étape la plus longue. Il faut tout mettre en place. J’avoue, j’aime beaucoup travailler la couleur parce que je vois la planche se terminer. Chez moi, beaucoup d’intentions et d’expressions passent par la couleur. Il faut gérer les ombres, les ambiances. La couleur vient enrichir le récit et donne une identité graphique à l’album.

Normandiebulle, la 30e édition

La 30e édition de Normandiebulle est « importante », selon Christopher Langlois, maire de Darnétal, avec une nouvelle identité visuelle. « C’est l’occasion de recréer un autre visage et de moderniser le logo », dessiné par Steve Baker. Une petite vache se décline sous différentes formes et devient un repère. Durant le festival qui se tient les 26 et 27 septembre aux tennis couverts, une exposition retrace l’histoire à travers des affiches et des photos.

Carole Maurel est l’invitée d’honneur de Normandiebulle 2026. « Cela me fait plaisir. Le festival à 30 ans. J’avais 15 ans l’année de la première édition. Je ne m’imaginais pas faire de la bande dessinée. C’est très gratifiant de voir son travail mis en lumière », se réjouit la dessinatrice. Le festival expose des planches de Mi-Mouche, Coming In, Nelly Bly et de Bobigny 1972, des carnets de dessins. « Je suis une grande fan de carnets. Ils me permettent de tester des outils et de vider ma tête. C’est l’endroit où je dessine pour moi. »

58 auteurs et autrices, dessinateurs et dessinatrices sont invités à Normandiebulle qui propose de porter un regard sur la création de Florence Cestac, de Denis Bodart et Vincent Zabus. Autre anniversaire : les 50 ans de Fluide glacial, magazine d’humour, fondé par Gotlib, qui a réuni de multiples auteurs et autrices.

Infos pratiques

  • Samedi 26 et dimanche 27 septembre de 10 heures à 18 heures aux tennis couverts à Darnétal
  • Tarifs : 6,70 €, 4,20 € une journée ;  8,70 €, 6,70 € les deux jours
  • Aller au festival en transport en commun avec le réseau Astuce
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