/

Bianca Bondi raconte un passé sombre sur une mer d’amnésie

Milk of amnesia est une traversée dans le temps. Bianca Bondi fait ressurgir un passé pour se représenter la réalité d’un présent et s’interroger sur l’avenir. Cette exposition qui invite au silence est présentée jusqu’au 9 juin au Portique au Havre pendant Normandie impressionniste.

Il y a quelque chose de mystique dans le travail de Bianca Bondi. Pour raconter toute la fragilité du monde, la plasticienne sud-africaine, désormais installée à Paris, explore les notions de rituels et de croyances, provoque la métamorphose des éléments et révèle la puissance des symboles. Elle crée ainsi les conditions de prochaines renaissances et régénérations. Lors de ses temps de recherches, elle se nourrit de l’histoire des lieux et convoque l’énergie des matériaux et des objets qu’elle récupère.

Bianca Bondi expose Milk of amnesia au Portique au Havre. Une ville qu’elle a arpentée jusqu’à se perdre. « Il y a de magnifiques endroits dans Le Havre. Mais quand on se promène, on ne peut pas s’empêcher de penser que la ville a été bombardée. Et il y a tellement de pays en guerre aujourd’hui. Ce qui m’a aussi frappé, c’est que la surface est toute aplatie de l’hôtel de ville jusqu’à la mer. Comme si le passé remontait à la surface ».

Les œuvres de Bianca Bondi sont empreintes d’un passé. Au Havre, elle a bien évidemment fait le lien avec le commerce des épices et cet épisode sombre du commerce triangulaire. L’artiste s’intéresse par ailleurs depuis 2018 aux liens entre régimes alimentaires et psychologie. « Ce que nous mangeons a forcément un impact sur nos émotions ». Milk of amnesia revient sur cette route des épices à une époque où celles-ci étaient utilisées pour leurs vertus et autres pouvoirs. « Les épices et les plantes amènent à la guérison. Nous sommes là dans l’ordre du rituel avec une résilience de la nature ». 

Bianca Bondi a alors imaginé un cabinet de curiosités avec des armoires à pharmacie des années 1950. Elle y a rangé des végétaux, de vieilles bouteilles et flacons remplis de potions magiques. « J’aime le côté mystérieux de la matière. Elle vit et l’œuvre n’est jamais figée ». Par réaction chimique, le liquide se transforme, autant sa couleur que sa consistance, et peut s’évaporer ou se déverser librement dans ces boîtes, tels des autels. 

Milk of amnesia, c’est aussi une installation monumentale comme un lieu de mémoire. Au milieu d’une mer de sel, purificateur, trône une armoire, brûlée, avec divers objets à l’intérieur. « Dans un placard, on cache souvent ce que l’on ne veut pas montrer. Pour un enfant, c’est un autre monde. On peut s’échapper et retrouver de l’enchantement ». Sur cette étendue, d’un blanc immaculé, Bianca Bondi laisse apparaître une trace de pas, une machine pour enregistrer les battements de cœur, quelques plantes et un gant. Il y a eu là une vie humaine, peut-être oubliée. « Nous avons besoin de nous rappeler même si c’est dur de se souvenir. Malgré tout, il faut toujours avancer ».

Infos pratiques

  • Jusqu’au 9 juin, du mardi au dimanche, de 14 heures à 18 heures, au Portique au Havre
  • Entrée gratuite
  • Renseignements au 09 80 85 67 82 sous sur www.leportique.org