Dans ce cinquième album, Fintou, Vaudou Game teinte sa funk africaine de sonorités des années 1970 et de cumbia colombienne. C’est un nouveau chapitre de l’histoire d’un groupe fondé il y a un peu plus de dix ans. Le groupe de Peter Solo montre ainsi sa volonté de se renouveler tout en gardant les ingrédients qui font le succès d’un groupe depuis Pas Contente : un groove irrésistible, une énergie contagieuse et des textes militants empreints d’humour. Vaudou Game est en concert samedi 18 juillet au festival des Nuits suspendues au Havre. Entretien avec Peter Solo.
Vous avez fondé Vaudou Game il y a un peu plus de dix ans. Est-ce que passer une décennie est une étape particulière ?
Le groupe a douze ans. Il a été fondé en 2014. Nous avons beaucoup travaillé et nous tournons depuis un moment. Oui, je mesure tout ce qui a été effectué durant ces années. Je regarde les choses de près. Le plus important est de ne pas oublier d’où l’on vient. J’ai toujours les pieds sur terre et je me souviens des rencontres, de ceux qui ont permis que le projet existe et qui ont aidé. Je suis très reconnaissant.
Et musicalement ?
Musicalement, aussi. Nous avons su nous adapter. Il n’y a pas eu une grosse évolution par rapport au premier album. Il y a eu une adaptation par rapport au son, aux personnes que nous avons croisées. La musique de Vaudou Game reste certes un afro-funk. C’est notre musique fétiche, avec un son vintage. Nous avons su aussi nous ouvrir à d’autres sons.
Vous l’avez fait avec enthousiasme ?
Oui mais ce fut un risque. Lorsque que tu joues une musique qui plaît, tu prends toujours un risque à changer des choses. Tu as peur de perdre les puristes. Eux n’aiment pas le changement. Il est important de s’adapter au temps. Pour les artistes aussi, c’est nécessaire d’évoluer. Le premier album est sorti en 2014. Il y en a eu quatre autres par la suite. On ne peut pas manger tous les jours la même chose. Il faut varier. En musique, nous nous donnons quelques challenges et nous devons sortir de notre confort, nous surprendre. Comme surprendre le public qui peut aussi se lasser.
Dans cet album, vous êtes allé vous nourrir des rythmes de la cumbia. Pourquoi ?
La question s’est posée pour cet album. Vaudou Game, c’est du vaudou funk avec des vieux sons et des vieilles machines des années 1970. Le temps évolue. Il faut un autre son pour raconter d’autres histoires. Nous sommes des artisans qui croisent des matières. Il faut apporter quelque chose de différent dans ce monde musical. Le Togo va alors croiser la Colombie. Jusqu’alors, l’Afrique a croisé Cuba, Haïti, le Brésil mais pas la Colombie. Notre curiosité nous a poussés jusque-là.
Dans les textes, vous gardez les thèmes récurrents de Vaudou Game.
Tant que rien ne changera, Vaudou Game parlera de la nature, de nos rapports avec elle, de la considération que nous devons avoir pour elle. La nature n’est pas juste une matière, un décor. C’est notre mère et nous devons en prendre soin. Elle n’est pas sourde. Traiter les déchets ne suffit pas. Elle a besoin qu’on lui parle, que l’on parle à l’eau, la terre, l’air et le feu. Avoir une pensée n’est pas suffisant. Il faut avoir un rapport privilégié avec elle, la toucher avec nos mains et surtout lui dire merci. Nous devons avoir cette reconnaissance. La nature nous nourrit et nous soigne. Elle nous fait vivre. Aujourd’hui, elle est vivante mais elle souffre. Alors nous chantons la nature.
Êtes-vous un râleur ?
Je vis à Lyon. Là, c’est un râlage collectif. Ce n’est pas : tu râles dans ton coin. Non, on se retrouve pour râler ensemble. Et après, ça va mieux. Râler, c’est comme prendre un digestif. Quand tu ne râles pas, tu te sens constipé. Quand tu râles, tu es soulagé et tu peux être comme un papillon. Tu peux être ouvert à tout événement. Et ça, c’est important pour la santé.
Est-ce la colère le moteur de votre écriture ?
Oui, Vaudou Game a commencé avec ce titre, Pas Contente. Nous avons beaucoup insisté dans cette chanson. C’était clair. Aujourd’hui, il y a de quoi ne pas être content. Nous pouvons nous approprier beaucoup de sujets et nous défendons des causes humanistes et justes.
La programmation des Nuits suspendues
- Jeudi 16 juillet : Joe Bel, La Cafetera Roja, La Dame blanche
- Vendredi 17 juillet : Captain Sparks & Royal Company, La Caravane Passe, Sergent Garcia, Zazuzaz
- Samedi 18 juillet : One Rusty Band, Tiwayo, Vaudou Game, Le BioBal
- Dimanche 19 juillet : Walid Ben Selim et Agathe Di Piro, Trio Baba, Kaddy & Antoine, Jean-Jacques Milteau, One Rusty Band, Judith Hill, Mateld Milk et Hugh Coltman
Infos pratiques
- Jeudi 16, vendredi 17 et samedi 18 juillet à 18 heures, dimanche 19 juillet à 11 heures au jardins suspendus au Havre
- Tarifs : 15 €, 8 €
- Réservation en ligne
