Adrien Leprêtre : « un album, c’est un aboutissement »

Photo : Sylvain La Rosa

Samba de La Muerte étonne à chaque sortie d’album, quelque soit le format. Ornament, publié à l’automne 2023, est rempli de souvenirs. Adrien Leprêtre a porté son regard de jeune adulte sur l’enfant qu’il a été avec une certaine tendresse pour raconter son rapport au monde et parler de nature. Le sentiment de joie qui a dominé pendant l’enregistrement se reflète dans cette pop lumineuse. Le musicien caennais s’est aussi octroyé une plus grande liberté lors du travail sur les arrangements. Samba de La Muerte est en concert vendredi 6 septembre, le premier jour du festival Rock in The Barn, à Vernon. Entretien avec Adrien Leprêtre.

L’album, Ornament, est sorti il y a un peu moins d’un an. Quel sentiment vous anime aujourd’hui ?

Il y a beaucoup de satisfaction d’avoir pu le sortir, aussi de le faire vivre. En fait, il a été pensé dans des conditions de live avec les musiciens. C’est pour cette raison qu’il a une énergie particulière. En studio, il y a eu une symbiose entre nous. Cela s’entend notamment dans l’interprétation. Tout cela était une évidence pour moi. C’est néanmoins difficile à expliquer. Je ne voulais pas chanter les chansons comme je l’ai fait jusqu’alors. J’aime être toujours en recherche. Je me rends compte : quand je monte sur scène, il reste cette évidence dans l’interprétation. Celle-ci vient à moi de manière naturelle. Et en concert se noue un lien singulier avec le public.

L’écriture des textes a-t-elle été toute aussi évidente ?

Oui, l’écriture a été plus évidente. Auparavant, j’écrivais tout seul et je faisais ensuite rentrer le groupe dans le processus de création. Nous avons fait différemment. D’où ce côté plus brut. Je n’ai pas non plus cherché à faire un album comme ci ou comme ça. Je n’ai pas cherché à ressembler à quoi que ce soit. J’ai laissé les choses venir. La création a été fluide et spontanée. J’ai juste commencé l’écriture dans la forêt, dans un endroit calme. J’étais au piano. Puis tout a été partagé avec le groupe.

Pourtant, vous avez opté pour une écriture plus intérieure.

Oui, c’est arrivé comme cela. Peut-être est-ce lié aux thèmes abordés. Je voulais aborder les souvenirs d’enfance. Cela passe par des images, des odeurs, des événements passés. Pour moi, il ne faut pas oublier l’enfant qui reste en nous. C’est le message que je souhaitais faire passer. Je pense qu’il faut faire confiance aux enfants parce qu’ils sont le futur. Cela a donné un fil conducteur : la forêt, la nature, l’enfance, l’amour, le respect…

Quand a surgi cette part d’enfance ?

Elle a surgi là et je ne sais pas pourquoi. J’ai écrit cet album entre 30 et 33 ans. Je suis entre la fin de l’adolescence et le début de ma vie d’adulte. Je sens bien que je suis en train de changer. Je sais que ma vie va être différente. Même dans ma vie professionnelle. Comment vivre dans ce monde-là ? Comment trouver sa place ? J’ai pensé à cette part d’enfance pour aussi avancer.

Vous n’hésitez pas à rappeler des valeurs que vous défendez, notamment sur scène ou sur les réseaux sociaux. Pourquoi ?

Il y a plusieurs choses qui m’animent en tant qu’artiste. Je me souviens de groupes évoquant des sujets politiques sur scène. Cela a disparu. Je peux prendre position sur scène de manière frontale. Grâce à ces chansons, je peux trouver des entrées pour dire deux ou trois trucs. Lors de nos concerts, nous voulons être en lien avec le public. C’est important à un moment où il est difficile d’accepter la différence. Quand je suis arrivé au lycée, on parlait de crise économique, d’attentats… Ce sont des choses dures. Il est difficile de se dire que les choses vont s’arranger. Aujourd’hui, nous vivons une crise écologique. Dans tout cela, j’essaie de trouver un endroit pour être en sécurité. C’est sur scène. Pour moi, c’est un endroit privilégié où le temps s’arrête.

Avez-vous toujours considéré la musique comme un refuge ?

La scène est un refuge. Dans la vie, je suis plutôt calme. Mais quand je monte sur scène, je ne suis plus la même personne. Il y a quelque chose qui ressort et qui me fait du bien. Comme pendant un bon match de rugby ou de foot. Un concert n’est pas un combat mais il nécessaire de donner toute son énergie.

Avant les concerts, il y a l’écriture.

J’ai vite compris que je devais aller vers un médium qui me transcendait. Comme je le disais, ça passe beaucoup par le live. Enfant, mes parents m’emmenaient voir des concerts tout le temps. Tout de suite, j’ai vu que quelque chose m’attirait. J’ai appris à jouer de plusieurs instruments. Sur chacun d’eux, j’ai essayé de trouver les bonnes notes, de belles mélodies. J’ai ça en moi et j’en profite. Cela fait maintenant quinze ans que cela dure. C’est comme si c’était hier.

Quels sont les projets ?

Je veux faire des albums différents. Quand je suis arrivé au max de ce que j’ai donné, je change de processus de création. Un album, c’est un aboutissement. Cependant, j’aimerais profiter de ce qui se passe avec cet album. Nous avons trouvé un bon son sur scène. J’ai envie de continuer dans cette voie, avec cette énergie.

Programmation

  • Vendredi 6 septembre : Dude Low, Samba de la Muerte, Loverman, Deadletter, Péniche, Deeper, Unschooling, Ultranouk
  • Samedi 7 septembre : Divorce, Maddy Street, Menales, JC Satan, Jonnie Carwash, Dieter, Vlure, Carriegoss, Vif Argent

Infos pratiques

  • vendredi 6 septembre à 17 heures, samedi 7 septembre à 15 heures dans le parc du château des Tourelles à Vernon
  • Tarifs : 35 €, 50 € les deux jours, gratuit pour les moins de 12 ans
  • Réservation en ligne
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