Lecture, expositions, concert sont au programme des Journées du patrimoine les 21 et 22 septembre au centre hospitalier du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen. Il faut ajouter la venue de Sylvain Groud. Le danseur et chorégraphe, directeur du Ballet du Nord, a toujours réservé dans sa pratique une place aux autres. Construire des « ponts humains », c’est ce qui l’anime. Que ce soit sur scène ou dans les milieux scolaire, hospitalier, carcéral… Avec Camille Dewaele, Céline Lefèvre et Maxime Vanhove de la compagnie Improbable qui ont accompagné les patients de l’hôpital, Sylvain Groud propose un bal chorégraphique et participatif avant une performance en solo. Entretien avec l’artiste, originaire de Normandie.
Pour vous, la danse est synonyme de partage. À quel moment est-ce devenu évidemment ?
C’est devenu évident à partir du moment où je me suis interrogé sur mon propre rapport à la danse et quand j’ai réalisé que beaucoup de gens, même des membres de ma famille, ne comprenaient pas ce que je faisais. Après mon passage au conservatoire de Paris et dans la compagnie d’Angelin Preljocaj avec laquelle je faisais 145 dates en moyenne par an, je me suis rendu compte que j’étais dans un tout petit microcosme. Je ne pouvais pas être en accord avec cela. Je suis venu à la danse par hasard, par effraction et c’est devenu ma vie, ma façon de vivre. Quand j’étais chez Preljocaj, j’ai ressenti le besoin de mener des actions d’éducation artistique et culturelle, puis celui de créer ma propre compagnie pour utiliser la danse comme moyen de rencontre et aller dans des endroits où on attendait moins la danse.
Est-ce que la danse vous a éloigné de vous ?
Oui, la danse m’a éloigné de ma culture quand j’étais jeune. Or, je ne pouvais pas renier l’éducation que j’ai eue. Comme je le disais, la danse, j’en ai fait ma vie. Avant d’être un papa, un mari, un ami, je suis un danseur. C’est ma façon de vivre. Mais j’ai besoin de donner pour être aligné avec ce que je suis. J’ai besoin de jeter la danse au public, d’avoir sa réaction, de provoquer ce pas de côté pour me comprendre un peu plus et être dans un état de déséquilibre souhaité. J’ai envie plus qu’avant que la danse soit une aventure de rencontres pour prendre soin des gens et de moi-même. Et cela marche encore mieux avec des personnes qui se savent différentes et stigmatisées. La danse revêt alors une dimension humaniste fondamentale. C’est un moment d’existence, de survie, de se raconter au monde, d’être en vie ensemble.
Comment nouer ce lien avec les autres ?
Avant tout, il faut appréhender cet autre dans son humanité. Je me dis que j’ai la chance d’avoir une telle personnalité en face de moi. Alors je ne dois pas la rabaisser à l’endroit de son handicap mais, moi, me mettre au défi d’être dans l’action avec cette personne. La démarche est tellement naturelle et authentique et le risque, encore plus beau. En partant de très loin, on arrive à quelque chose de plus beau.
Comment faire aussi pour que tous et toutes entrent dans la danse ?
C’est ce que je recherche au centre chorégraphique national. Ce doit être inclusif. Or tout est fait aujourd’hui pour nous diviser. Il faut prendre de la hauteur par rapport à cela. Chacun possède sa richesse, son savoir. Alors il faut essayer de tout faire pour provoquer le geste artistique à un endroit où tout le monde est en mesure de l’appréhender avec sa fragilité, sa vulnérabilité. Et là, on touche là à l’universalité.
Qu’est-ce que le bal chorégraphique ?
Le bal chorégraphique est une leçon d’ouverture pour accroître sa capacité à s’émerveiller. Depuis un an, des artistes qui travaillent avec le Ballet du Nord sont venus en résidence pour faire des performances dans les couloirs de l’hôpital, pour provoquer des rencontres et des gestes artistiques. Cela s’est fait dans un souci d’échanger avec une grande marge d’improvisation. Différents tableaux chorégraphiques ont été écrits. La compagnie revient pour rendre le tout très fluide et apaisé. Nous sommes aussi prêts à accueillir toute improvisation.
Le programme des Journées du patrimoine
Samedi 21 septembre
- À partir de 14 heures : expositions de Roger Courtois, de René Frémont-Renault, de l’association des Amis de la sculpture, du Frac Normandie
- À 15 heures : atelier de dessin avec le HSH Crew
- À 16 heures : performance dansée de la compagnie Ellaya, « Tribulations de jeunes filles dérangées »
- À 19h30 : Les Nuits d’Artaud avec Ernest Pignon-Ernest et Bruno Putzulu
Dimanche 22 septembre
- À 13h30 : exposition de Marc-Antoine Garnier, Vestiges
- À 14 heures : expositions de Roger Courtois, de René Frémont-Renault, de l’association des Amis de la sculpture
- À 15 heures : exposition du Frac Normandie
- À 15h45 : concert d’Isabo Orchestra
- À 16h45 : bal chorégraphique par le Ballet du Nord
- À 18h15 : Between, une performance dansée par Sylvain Groud, accompagné par Sébastien Palis, pianiste, et Frédéric Jouhannet, violoniste
Infos pratiques
- Au centre hospitalier du Rouvray, 4, rue Paul-Éluard à Sotteville-lès-Rouen
- Gratuit
- Aller au spectacle en transport en commun avec le réseau Astuce
