C’est un spectacle singulier qui mêle la musique classique et le manga. Beethoven Wars raconte le conflit entre deux peuples qui ont ravagé leur planète et vont se lancer dans une guerre spatiale. Stephan et Gisèle ont pour mission de d’instaurer la paix. Pour cette création, la cheffe Laurence Equilbey a réuni des œuvres de Beethoven, König Stephan et Die Ruinen von Athen et l’univers fantastique d’Antonin Baudry et Arthur Qwak. Entretien avec Laurence Equilbey qui dirige le chœur Accentus et l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie vendredi 28 février et samedi 1er mars au Théâtre des Arts à Rouen.
Quels rapprochements faites-vous entre le manga et l’univers musical de Beethoven ?
Au sein d’Insula Orchestra, nous avons un département éducatif important dans lequel une équipe s’occupe spécifiquement de ces nouvelles formes artistiques et pédagogiques que sont le numérique, le podcast, la bande dessinée. C’est dans ce contexte que j’ai eu l’idée de proposer un concours de manga pour trouver un personnage qui pourrait incarner le projet d’Insula Orchestra. Cette recherche m’a permis de mieux connaître l’univers du manga dans lequel il y a beaucoup d’héroïsme, d’utopie et de valeurs humanistes. Le rapprochement avec l’univers de Beethoven a été immédiat ! Je cherchais depuis longtemps un projet pour deux de ses œuvres ; et soudain tout est devenu évident.
Pourquoi avez-vous choisi ces deux œuvres du répertoire de Beethoven, peu connues du grand public ? Pouvez-vous nous en dire plus sur ces deux musiques de scène : Le Roi Stephan et Les Ruines d’Athènes ?
J’aime beaucoup les musiques de scène qui accompagnent une pièce de théâtre. Que ce soit Egmont de Beethoven, Athalie ou Le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn. Ce sont des partitions peu enregistrées, très peu interprétées dans les salles, à part quelques ouvertures. Je les connais bien, ce sont de véritables perles oubliées, avec des moments de pure beauté. J’ai parfois pu les jouer au concert en articulant dramatiquement les morceaux, mais de nombreux numéros musicaux n’étaient pas possibles hors contexte. Et à chaque fois, je me disais qu’il faudrait les donner intégralement dans un contexte vraiment théâtral. Dans Beethoven Wars, nous avons veillé à garder la dramaturgie des pièces originales. La musique joue tout le temps, avec des dialogues pour restituer aussi les mélodrames qui sont superbes.
Ces deux musiques de scène sont des commandes adressées à Beethoven pour l’inauguration d’un théâtre à Budapest en 1812. König Stephan déroule l’histoire d’Étienne Ier, fondateur de la nation hongroise et pacificateur de cette région autour de l’an 1000. Dans les Ruines d’Athènes, Minerve (ou Athéna) revient sur terre et découvre une Grèce en ruines, en proie à la désolation ; elle décide d’y édifier un théâtre pour y faire triompher les arts et les sciences. Dans Beethoven Wars, ces deux intrigues sont reliées, transposées dans l’espace et dans l’univers manga.
Vous avez créé ce spectacle en mai 2024. Le sous-titre, Un combat pour la paix, est-il un message ? Aujourd’hui, comment l’entendez-vous ?
Beethoven Wars incarne les idéaux humanistes chers au compositeur et invite les spectateurs à réfléchir sur la possibilité de créer un monde meilleur malgré les défis de la guerre et de la souffrance humaine. Au-delà de son aspect spectaculaire, Beethoven Wars véhicule un message pacifiste et écologiste interpellant sur l’avenir de notre planète et redit l’importance des arts pour notre humanité. Les mangas développent leurs intrigues le plus souvent autour de la notion de pouvoir, critiquent le fonctionnement des sociétés modernes soumises à des intérêts visant à les asservir, leurs héros luttent pour des vies meilleures. Le message qui me touche le plus dans Les Ruines d’Athènes pourrait se résumer à : « Vous avez beau détruire des temples et détruire des œuvres d’art, on en construira toujours d’autres, on en créera toujours d’autres après. L’art ne mourra pas. »
Vous travaillez avec un outil inédit, à savoir une bande rythmo comme dans le doublage. Quels changements, positifs ou négatifs, cela engendre-t-il sur votre manière de diriger ?
L’avantage est que cette bande a été réalisée sur mon interprétation. Les tempi sont donc les miens, et j’arrive heureusement à me suivre ! Il faut tout de même travailler cela pour être toujours dans la même vitesse que la bande rythmo. Il y a tout de même des marges et la vidéo à des poignées d’images qui peuvent servir si un décalage trop important s’opère.
Infos pratiques
- Vendredi 28 février à 20 heures, samedi 1er mars à 15 heures et à 18 heures au Théâtre des Arts à Rouen
- Durée : 1 heure
- Tarifs : de 62 à 10 €
- Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr
- Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
