Les questions de genre et de pouvoir intéressent Carole Thibaut. La comédienne et metteuse en scène, directrice du théâtre des Îlets, CDN de Montluçon, poursuit sa réflexion dans cette nouvelle création. Présenté les 2 et 3 avril au Préau à Vire, pendant le temps fort, Mon Frère au féminin, Ex-Machina est un solo en forme de conférence performée sur la relation entre genre et pouvoir dans les cadres intime et politique.
Carole Thibaut ne veut pas tricher ou être dans une posture de récit distancié. Pour ce solo théâtral qui s’inscrit dans une longue réflexion, elle a ressenti « le besoin de balancer » son corps sur scène. « La question du corps renvoie à la question de la représentation sociale. Et cela raconte notre relation à l’autre. Le corps de l’actrice est stigmatisé et regardé comme un corps désiré et désirable. J’ai voulu voir ce que ça fait de remettre en jeu mon corps en tant qu’actrice. Quand les actrices deviennent des metteuses en scène ou dirigent un lieu, elles ne jouent plus ».
Dans Ex-Machina, joué les 2 et 3 avril au Préau à Vire, Carole Thibaut prend la parole. « C’est un pouvoir énorme ». Et cette, parole, elle l’a voulu forte et percutante, politique et universelle. Seule sur scène, la comédienne traverse de multiples états, convoque des démons intérieurs pour faire exploser cette machine infernale qu’est la domination. Dans ce spectacle, entre théâtre, conférence et performance, il s’agit de décortiquer le lien entre le genre et le pouvoir, de regarder cette mécanique structurelle sans être manichéenne.
« Être dans un vertige total »
Pour la comédienne, il y a eu tout d’abord la nécessité de revenir à l’enfance. « Nous sommes dans une société patriarcale. La question du vivant est liée à la question patriarcale qui dépasse la question du sexe. Je porte un regard lié à mon histoire familiale avec un père dominant et violent. Mon père est l’incarnation de la violence patriarcale et aussi une victime. J’en ai parlé dans Longwy-Texas et j’y reviens encore parce que nos histoires intimes éclairent les histoires politiques ».
Le pouvoir, elle l’a subi quand elle était actrice. « J’ai commencé dans les années 1990 et c’était compliqué en raison des relations au pouvoir des enseignants et des metteurs en scène. Il y a un acquis avec les remarques sexistes et les agressions sexuelles. Peu y ont échappé ». Et ce pouvoir, elle l’exerce depuis sa prise de fonction à la direction d’un lieu culturel et partage sa position paradoxale
Au fil du récit, Carole Thibaut transforme son corps, l’enveloppe d’un énorme corset. Elle s’autorise quelques improvisations, « une manière de traverser le quatrième mur » et « d’être dans un vertige total ». Mais la comédienne veut rester fidèle à son texte pour « ne pas perdre l’énergie et la folie de l’invention ».
Infos pratiques
- Mercredi 2 et jeudi 3 avril à 20h30 au Préau à Vire
- Durée : 1h30
- À partir de 15 ans
- Tarifs : de 16 à 5 €
- Réservation au 02 31 66 66 26 ou sur www.lepreaucdn.fr
