Il y a comme une évidence à proposer une exposition consacrée à Maxime Old. Cette grande figure du design n’est pas inconnue à Rouen puisqu’il a réalisé des ensembles dans des espaces de la ville. Une centaine de pièces, Maxime Old, homme d’intérieurs, sont présentées jusqu’au 5 janvier 2026 au musée des Beaux-Arts.
Maxime Old à Rouen
En 1960, la Ville de Rouen passe une commande à Maxime Old. L’objet : l’architecture intérieure et le décor de la nouvelle salle du conseil municipal. Le designer imagine un lieu avec des tables, en bois et en verre, avec un espace de rangement, disposées en demi-cercle afin de faciliter la circulation de la parole. D’un côté se trouve un paravent métallique ajouré, de l’autre de grandes portes en polyrey, alternant brillance et satin. Les lumières se fondent dans ce décor toujours aussi moderne. Il faut ajouter les deux salles de commissions adjacentes avec leurs parois en formica rouge.

Maxime Old à Rouen, c’est aussi tout l’aménagement à la Halle aux toiles. En 1972, Jean Lecanuet fait également appel à lui pour la conception des espaces de travail et de réception du président du conseil général de la Seine-Maritime dans l’immeuble de la rive gauche. Dans la commande figure notamment un magnifique bureau ovale en stratifié et en verre. Si certains éléments du mobilier ont disparu, il reste cependant des archives et des photographies.

Une exposition
Jusqu’au 5 janvier 2026, le musée des Beaux-Arts à Rouen consacre une très belle exposition, Maxime Old, homme d’intérieurs et d’un talent immense. Première étape de ce parcours dessiné par deux commissaires, Florence Calame-Levert, conservatrice en chef du patrimoine, collections et projets XXe et XXIe siècles, et Katell Coignard, responsable de la médiation des musées d’art et littéraires : le décor de son appartement parisien, situé au numéro 4 de la rue Monsieur-Le-Prince à Paris. Pour y accéder, il faut franchir une grande porte et monter un escalier jusqu’au deuxième étage. La famille vivait là et Maxime Old recevait ses clients. Là, une enfilade, une table basse en forme de soleil, une coiffeuse, une table roulante, des fauteuils, une table à manger, des chaises, un cheval à bascule, un ingénieux coffre qui se transforme en pupitre. L’exposition se poursuit avec des photographies montrant Maxime Old à sa table de dessin, des dessins, des croquis, diverses pièces de mobiliers… En tout environ 140 œuvres qui retracent le travail de cette figure du design.

Un architecte d’intérieur
Maxime Old (1910-1991) est né à Maisons-Alfort dans une famille d’ébénistes. Il veut s’inscrire dans ce parcours familial. Un souhait de sa mère : Maxime entrera à l’école Boulle. Il intégrera la section ébénisterie entre 1924 et 1928. Major de sa promotion, il est repéré par le décorateur Jacques-Émile Ruhlmann et l’engage comme dessinateur. Maxime Old imagine alors des espaces intérieurs. Au moment des décès de Ruhlmann et de son père, il reprend l’entreprise familiale où sont désormais fabriquées ses propres créations. Maxime Old ne dessine plus seulement des meubles, il devient un architecte d’intérieur et conquiert une clientèle aisée.

Olivier Old, son fils, se souvient de « la grande capacité créatrice » de son père. « Une idée pouvait lui venir en tête à n’importe quel moment, même hors de son bureau. Cela pouvait être au restaurant lors d’un repas. Alors il dessinait sur coin d’une nappe en papier. Il avait un grand souci de la cohérence et du détail pour aboutir à cette cohérence. Il avait aussi une extrême exigence sur les choses. Il travaillait beaucoup mais il était présent pour moi. Petit, le jeudi, j’allais chez ma grand-mère paternelle après j’étais dans son bureau, sous la table à dessin, et dans l’atelier de construction ».

Un artisan du beau et du fonctionnel
Maxime Old s’est inscrit dans une tradition des arts décoratifs en France et a développé un style singulier et raffiné avec une ligne simple, élégante, parfois sensuelle. Dans ses créations, il n’oubliait pas tout le confort, le côté pratique et astucieux. Maxime Old a inventé « un répertoire de formes, de couleurs et de matières », indique Florence Calame-Levert. C’est un certain équilibre entre ces trois éléments qui crée une esthétique harmonieuse. Point de repère du style Old : une forme en X qu’il n’a cessé d’explorer. Elle devait rester parfaite. « Les pyramides ont été pour mon père un sujet de réflexion. Quand il les regardait en face, la proportion était parfaite. Ce n’était pas la même chose lorsqu’il regardait l’arête. Avoir ce X parfait était un challenge pour lui », se souvient Olivier Old.

Une transmission
Olivier Old, décorateur, s’attache à préserver et faire connaître l’œuvre de son père. « Il ne m’a pas du tout incité à faire vivre son activité. Il m’a laissé aller vers les mathématiques et l’informatique. Il m’a transmis beaucoup. Je travaillais différemment de mes collègues au niveau de mes projets et de mes relations avec mes clients, en terme de sensibilité et d’aspect financier. On me disait souvent : on ne sait pas comment tu vas gagner ce projet. Cela vient de mon père qui avait une créativité, un plaisir à se confronter à une dimension nouvelle. Il faut de l’écoute et de l’engagement ».





Infos pratiques
- Jusqu’au 5 janvier 2026, tous les jours, sauf le mardi, de 10 heures à 18 heures, au musée des Beaux-Arts à Rouen
- Tarifs : 10 €, 7 €
- Renseignements au 02 76 30 39 18 ou en ligne
- Aller au musée en transport en commun avec le réseau Astuce
