Les collections d’Un Été au Havre s’enrichissent de neuf nouvelles œuvres. Avant le 21 septembre, il faut aller aux jardins suspendus et grimper sur la colline pour découvrir les magnifiques Portes de Mossoul de Louis-Cyprien Rials qui surplombent la ville et le port.
« J’ai eu envie que Mossoul vienne au monde ». Louis-Cyprien Rials connaît la ville. « Je l’aime tant ». Il y habite et travaille depuis 2020 après avoir vécu à Tokyo, Berlin et Bruxelles. Le photographe, né à Paris, a traversé l’ex-Yougoslavie, les pays de l’Afrique de l’Est, le Liban et a aussi parcouru seul à moto l’Ukraine, le Kurdistan, le Haut-Karabakh pour s’arrêter dans le nord de l’Irak. Lors de ses périples, Louis-Cyprien Rials rencontre les populations, découvre l’histoire, les us et coutumes, les vestiges et les ruines. « Mossoul est une ville où vivaient les communautés des trois religions monothéistes. Elle était riche et commerçante. Daesh l’a détruite — 80 % du vieux Mossoul a disparu — et a détruit cette harmonie ».
Pendant cinq ans, il a pris 5 000 photos de la reconstruction de la ville. Il s’est aussi intéressé au patrimoine disparu. « Les familles les plus aisées ornaient leurs portes de symboles religieux ». Pour Un Été au Havre 2025, Louis-Cyprien Rials a réalisé à Mossoul, avec les artistes irakiens, l’architecte Sahar Kharrufa et l’ingénieur Anas Reyad Abdulmalek, trois portes gravées finement et harmonieusement de motifs floraux, géométriques et religieux. Leur matière : un albâtre presque translucide avec des veines colorées. Ces trois immenses œuvres de 9 tonnes chacune symbolisent les religions chrétienne, musulmane et juive, aussi la paix.
Les Portes de Mossoul ont été installées en cercle sur un tapis de sable tout en haut des jardins suspendus face à la mer. Tels des monuments, elles impressionnent. Elles imposent par leur dimension, leur beauté et leur caractère majestueux et invitent au silence et au recueillement.



Huit autres œuvres
Un Été au Havre, c’est aussi deux pièces de deux étudiantes de l’ESADHaR (école supérieure d’art et de design Le Havre-Rouen). Juliette Hauguel a planté dans la ville plusieurs panneaux, Disparues, facilement reconnaissables à leur couleur rouge, où sont inscrits des noms de femmes illustres, comme Junko Tabei, Angela Davis, Vera Rubin, Ida B. Wells, Alice Guy… « Un jour, j’ai fait une balade à Rouen. J’ai vu qu’un arrêt d’une station du tramway portait le nom de Gisèle Halimi. J’étais très heureuse parce que c’est rare. Au Havre, comme dans la plupart des villes, il y a un pourcentage infime de rues avec des noms de femmes. J’ai voulu un geste simple mais fort avec ces nouveaux panneaux qui apportent une confusion dans la ville ».

La deuxième étudiante, Méline Grellier, propose une expérience sensorielle au 17e étage de la tour de l’hôtel de ville. Là, « nous avons une vue sur la ville. Il y a le vent. J’ai souhaité nous confronter aux sons de la mer et du port, avec le klaxon des bateaux, le bruit des vagues, les pas sur les galets, parce que Le Havre est indissociable de son port et de sa plage. Cette nappe sonore évolue selon les marées ». Marégraphe est une plongée dans un univers marin.
De la mer, il en est aussi question dans Sails, un ensemble de voiles de 10 mètres de haut de Nefeli Papadimouli. Mali Arun présente Tempesta, un film en forme de conte inspiré du mythe de Prométhée. Didier Marcel s’est souvenu de la Vénus de Willendorf et des œuvres de Niki de Saint-Phalle pour créer Niki. Elsa & Johanna proposent A Cabin With A View, des installations ludiques dans des cabines de plage. Avec Bureau idéal, des oiseaux bleus se sont posés sur le kiosque, non loin de la mer. Enfin, Grégory Chatonsky a écrit l’épisode 3 de La Ville qui n’existait pas, La Forme d’une ville (2025-2049), qui se construit chaque jour avec des maisons modernes, imprimées en trois dimensions.




