Son inventivité n’est plus à démontrer. Le Studio H5 a accompagné les artistes de la French Touch avec une esthétique visuelle nouvelle. Les pochettes et les clips, réalisés par un duo audacieux, ont fortement marqué. Une centaine de créations de H5 sont à voir jusqu’au 15 novembre au 106 à Rouen le temps d’une exposition, H5. Voir la French Touch.
En trente ans, H5 a construit tout un univers visuel très singulier, bien ancré dans les mémoires. Le studio de design et de graphisme, installé à Paris, a permis de Voir la French Touch, titre de l’exposition présentée jusqu’au 15 novembre au 106 à Rouen. Plusieurs pochettes d’albums, comme celles de Super Discount, Air, Vitalic, Étienne de Crécy ou encore Alex Gropher, ont attiré un très grand nombre de regards. Les raisons : les couleurs et les typographies pop, une esthétique nouvelle et surtout vibrante, un style facilement reconnaissable entre mille autres.
Retour sur l’histoire de deux créateurs talentueux. Ludovic Houplain et Antoine Bardou-Jacquet se rencontrent à l’école Penninghen, école supérieure d’arts graphiques et d’architecture à Paris. À la sortie, pas question pour eux d’aller « travailler pour le grand capital ». Leur souhait : entrer dans le monde culturel. « Nous avons eu beaucoup de chance. Nous étions là au bon moment, au bon endroit et avec les bonnes personnes », se souvient Ludovic Houplain.
Des « bidouilleurs d’idées »
Le bon moment, c’est le début des années 1990 avec le développement des outils informatiques et l’explosion de cette fameuse French Touch en France et à l’international. « Nous étions dans une période où la photo tenait une grande place. Or, un shooting coûte très cher. Nous avons aussi vu apparaître des artistes qui ne pouvaient pas payer une séance de photos ou qui ne voulaient pas apparaître ». Le bon endroit, c’est Versailles, berceau de ce courant musical et la ville originaire d’Antoine Bardou-Jacquet qui est allé au lycée avec Étienne de Crécy.
Des possibles s’ouvraient pour les deux « bidouilleurs d’idées » qui ont trouvé de belles alternatives. Baignés de musiques — l’un est « plus groove et funk », l’autre davantage « musique industrielle anglo-saxonne » —, de bandes dessinées et de cinéma, Ludovic Houplain et Antoine Bardou-Jacquet ont imposé la marque H5, emplacement de leur studio sur le plan de la ville. Une marque qui crée ainsi le design de la French Touch avec quelques particularités selon les labels. Des pochettes aux clips, il n’y a qu’un petit pas que le studio a naturellement franchi avec des images très conceptuelles. L’exposition au 106 présente d’ailleurs plusieurs vidéos.
Et l’IA ?
Travailler pour les artistes, c’est combler leur désir. « Ce n’est pas facile. Nous avons poussé les idées artistiques au maximum. Quand nous avons commencé, nous étions complètement désinhibés grâce à notre âge. On ne se posait pas de questions, on faisait. Ce que nous présentons, c’est 10 % du travail effectué. Nous avons jeté tellement de choses », indique Ludovic Houplain.
Le cofondateur de H5 ne voit pas d’un mauvais œil l’arrivée de l’intelligence artificielle. Celle-ci « ne va pas trouver des concepts et ne va pas écrire. Il y aura toujours besoin des humains pour cela. Il faudra même plus d’images et de sons pour se démarquer et trouver des lignes directrices particulières. Certaines choses n’ont pu aboutir pas manque de moyens. L’IA pourra peut-être y remédier. Elle va nous permettre d’aller vers autre chose ». La suite est à écrire et à suivre.



Infos pratiques
- Jusqu’au 15 novembre, du lundi au vendredi de 12 heures à 18 heures, le samedi de 14 heures à 18 heures les jours de concert, au 106 à Rouen
- Entrée libre et gratuite
- Renseignements au 02 32 10 88 60 ou en ligne
- Aller voir l’exposition en transport en commun avec le réseau Astuce
