À travers le parcours singulier de la peintre Caty Banneville, Sophie Lucet, maîtresse de conférences des universités, s’intéresse aux Femmes artistes : regards croisés sur la création au féminin lors d’une conférence proposée samedi 20 septembre lors des Journées du matrimoine au Département de l’Orne à Alençon.
C’est un sujet récurrent. Quelle place est accordée aux femmes dans le monde culturel ? Samedi 20 septembre à l’hôtel du Département à Alençon, Sophie Lucet aborde la reconnaissance de leur travail et la visibilité de leurs œuvres lors d’une conférence, Femmes artistes : regards croisés sur la création au féminin dans les arts plastiques. Depuis quelques années, il faut néanmoins noter quelques avancées. Cependant, « on a été obligé de passer par des rétrospectives pour montrer qu’il y a une production féminine et qu’elle est importante ».
L’autrice et maîtresse de conférences des universités parle ainsi de création au féminin. « Il est vrai que l’on peut se demander s’il faut le spécifier. C’est un grand débat. Mais un grand nombre de femmes ont été invisibilisées pendant des siècles. Je m’appuie sur les réflexions de Linda Nochlin, une grande critique d’art américaine. Elle met le doigt sur un problème récurrent. Pour mille raisons, les femmes n’ont pas eu autant accès aux espaces d’expositions que les hommes ».
Les premières : l’héritage culturel, le poids de la famille, l’accès à la formation. « L’école des Beaux-Arts de Paris a été interdite aux femmes jusqu’en 1897. Elles ont dû se battre pour avoir accès à une formation artistique. En 1881, Hélène Bertaux a fondé l’Union des femmes peintres et sculptrices. Berthe Morisot qui appartenait à une famille riche a, elle, réussi à exposer. Certaines n’ont pas hésité à prendre des pseudos masculins. Cependant, la plupart des femmes ont revendiqué leur féminité par leur nom, comme Rosa Bonheur ou Louise Bourgeois« .
Des combats
Les femmes artistes ont mené une véritable lutte pour imposer leur art et ne plus être sous-représentées. « Ce combat a été un peu minoré à partir des années 1970, de l’avènement du féminisme« , rappelle Sophie Lucet qui mentionne un art féminin et cite Annie Leclerc. « Pour inventer un art féminin, il faut inventer la femme et la sortir d’un imaginaire culturel et social.. Pour elle, la femme artiste, c’est la femme sauvage. Il faut déconstruire les images existantes et en inventer d’autres« .
Alors l’art féminin « renvoie à un type de sensibilité particulière. Dans ce combat, il y a la volonté de choisir le sujet. Au XIXe siècle, les femmes n’avaient pas le droit de représenter un certain nombre de choses. Elles ne pouvaient pas assister non plus à un cours de nu masculin. Louise Bourgeois a alors représenté plein de phallus dans ses sculptures. Elle en a fait un de ses thèmes favoris parce que c’était interdit. Elle a aussi eu une autorisation de travestissement pour pouvoir porter un pantalon et aller dans les marchés aux bestiaux pour peindre les animaux« .
Lors de cette conférence, Sophie Lucet s’appuie sur le parcours de Caty Banneville dont les œuvres sont présentées jusqu’au 5 octobre lors de cette exposition, Le Temps d’apprendre à vivre. « Je suis son travail depuis une trentaine d’années. C’est une artiste qui a brûlé vingt ans de son œuvre après un voyage aux île Marquises pour repartir d’une page blanche. Il n’existe plus rien de ce qu’elle a pu créer avant pour réinventer sa peinture. Désormais, elle s’inspire de la nature. Elle peint le surgissement des fleurs, le cœur des fleurs. Elle peint des choses sensibles avec des balais. Comme une sorcière. Elle a un itinéraire fort et rejoint l’art féminin« .
infos pratiques
- Samedi 20 septembre à 10h30 à l’hôtel du Département à Alençon
- Conférence gratuite
