Profondément bouleversé par la mort de sa jeune épouse, Orphée doit sauver Eurydice des enfers. Pour la délivrer des monstres, il n’a pas d’armes, juste une lyre. C’est grâce à son chant qu’il parviendra à convaincre Hadès, le dieu des enfers, de l’autoriser à venir chercher sa belle. Mais à une condition : ne pas se retourner pour regarder Eurydice sur le chemin du retour. Valérie Lesort raconte le mythe dans Petite Balade aux enfers, une libre et joyeuse adaptation de l’opéra de Gluck, composé en 1762. Pas de grand décor mais un castelet pour des chanteuses qui prêtent une partie de leur corps et manipulent des marionnettes devant des toiles peintes. Valérie Lesort, qui reste fidèle à l’œuvre de Gluck, crée l’illusion, n’oublie pas le burlesque et souligne avec espièglerie quelques traits de caractères des personnages. Petite Balade aux enfers se joue les 13 et 14 octobre au théâtre Legendre avec Le Tangram à Évreux et le 2 avril au Forum à Flers avec la scène nationale 61. Entretien avec la metteuse en scène.
Cette Petite Balade aux enfers est un spectacle que vous reprenez chaque saison.
Avec une grande joie… Cette Petite Balade devient une grande balade. Mon point de départ était de mettre en scène un opéra à l’adresse de personnes qui n’ont pas l’habitude d’aller à l’opéra. Il faut démocratiser l’opéra, l’amener aux enfants et aux adultes. À l’opéra, j’ai vu des spectacles extraordinaires mais je me suis aussi ennuyée. Il y avait des créations beaucoup trop lourdes et beaucoup trop longues. Parfois, nous avons besoin d’un apprentissage qui peut donner envie d’écouter un opéra. Je suis très contente de l’accueil de ce spectacle.
Pourquoi avez-vous choisi Orphée et Eurydice de Gluck ?
J’ai monté ce spectacle après une demande d’Olivier Mantei, alors directeur de l’Opéra-Comique. J’avais le choix entre plusieurs œuvres et j’ai préféré celle de Gluck. Je cherchais une œuvre qui me permettait de présenter un spectacle visuel. Je suis allé voir Sami Adjali qui est une sorte de Gepetto. Il a chez lui tout un stock de marionnettes, comme des petits diables, des oiseaux, qui évoquent des images. Par ailleurs, ce qui m’a touché dans Orphée et Eurydice, ce n’est pas tant l’œuvre de Gluck mais ce qu’elle dit. En ces temps qui courent et ce que nous avons entendu — nous n’étions pas essentiels — je trouve cela important de le rappeler. Orphée n’est pas un guerrier mais un musicien. Il a une lyre qui est bien plus puissante que les armes pour aller délivrer Eurydice.
Vous avez opté pour un type de marionnettes tout particulier.
Oui, ce sont des marionnettes kokoschka que l’on place autour du cou. Le corps est effacé. Cela permet toutes les impertinences, de faire des sauts et même de voler. Cela n’empêche pas d’entendre la beauté de la musique et du chant. L’enjeu a été de trouver le bon dosage pour ne pas perdre la poésie de l’œuvre de Gluck. Dans ce spectacle, les chanteuses doivent être humbles. Elle chantent, manipulent les marionnettes, bougent les décors…
Et elles ne peuvent pas se regarder.
Cela tombe bien parce qu’Orphée ne doit pas regarder Eurydice… J’ai éprouvé ce principe dans Le Voyage de Gulliver et j’ai voulu le développer. Les personnages marchent en crabe, se regardent de côté. Cela amène en effet à une forme de jeu étrange qui est bien plus créatif que je ne le pensais. C’est une expérience intéressante.
Est-ce que cette forme de jeu ne demande pas une très grande précision ?
Tout est millimétré. Tout le monde dépend des uns et des autres. Rien n’est laissé au hasard. Cela demande un gros travail en amont, notamment de mise en scène pour laisser ensuite une liberté. Le spectacle se bonifie avec le temps.
Vous avez aussi accentué quelques traits de caractère des personnages.
Oui, tout à fait. Orphée n’arrête pas se vanter. Il est le meilleur pour faire ci et pour faire ça. Il est certes courageux mais content de lui-même. Quant à Eurydice, elle est une peste. Orphée fait tout pour la retrouver et elle n’arrête pas de lui reprocher qu’il ne la regarde pas. Elle est chieuse et capricieuse, tout en étant très touchante. Il y a aussi Amour, un être moqueur et malin qui tire les ficelles. Elle s’amuse mais elle n’a pas beaucoup de patience et d’empathie.
