Sublime Monophonics

Photo : Geoff Wittman

Le 106 à Rouen poursuit son parcours soul music en accueillant l’un des meilleurs représentants actuels vendredi 24 octobre. Plus qu’un énième groupe dans le genre, Monophonics incarne le renouveau du style dans ce qu’il a de plus excitant, excentrique et respectueux à la fois. Topissime.  

Le catalogue artistique de Colemine Records regorge de tueries soul mais la plus audacieuse d’entre elles est incontestablement Monophonics. La plus imprévisible et la plus saignante aussi. Et lorsque ce poids lourd du fameux label californien débarque dans votre ville, il faut considérer ce jour comme un cadeau du ciel. Un événement unique qui vous pousse à la découverte jubilatoire si vous ne connaissez pas ou à un plaisir certain si vous adhérez déjà. Comme Rouen se situe sur le chemin de la tournée, une soirée au 106 s’impose vendredi 24 octobre pour découvrir ou revoir ce groupe américain, auteur d’une soul music aussi séduisante que différente.

Atypique serait même plus approprié tant Monophonics ne reflète pas les sonorités récurrentes et généralement plus classiques de Colemine ou alors uniquement sur une partie de son répertoire qui reprend alors les codes habituels de la ballade sentimentale, du groove absolu et des sons vintage. Pour le reste, le groupe aime brouiller les pistes, s’offrant des allers-retours réguliers entre la fin des années 1960 et le début des seventies, pérégrinant dans les multiples couloirs du psychédélisme, du rock au funk, pour casser le schéma standard, pour sortir des productions traditionnelles.

Un magicien

Monophonics affirme son identité musicale à travers des choix esthétiques inhabituels dans le genre, flirtant avec le heavy sound lors des envolées fulgurantes du guitariste Aquilles Magaña qui nous rappelle au passage la joyeuse démence de George Clinton et de son groupe Funkadelic. Puis c’est l’ombre de Pink Floyd qui imprègne le titre suivant d’une teinte mystérieuse et paisible pour fixer le temps, pour dessiner un moment de grâce habilement échafaudé par le maître des claviers Kelly Finnigan. 

Même si le groupe de San Francisco a démarré sa carrière sans Finnigan, l’arrivée de ce magicien de la prise de sons dans Monophonics, en tant que producteur, claviériste et nouveau chanteur, à l’occasion de l’enregistrement du troisième album en 2012, a bouleversé la formule de départ. Avec sa tête de Monsieur tout le monde et sa petite rondeur ventrale, celui qui pourrait être vendeur de voitures chez CarMax dans une autre vie a redessiné les contours du projet initial, délaissant les initiatives afrobeat du début pour se concentrer sur un registre soul des plus alambiqués. Il a modifié l’espace sonore en multipliant les effets stéréophoniques. Un comble pour un Monophonics !

Une des plus belles voix

Et loin de se contenter de convertir l’univers du groupe, il s’impose aussi et depuis comme compositeur et surtout chanteur lead. Un gros atout de plus pour les Californiens. Bénéficier du soutien vocal de Kelly Finnigan, probablement l’une des plus belles voix actuelles dans le genre, contribue évidemment à la reconnaissance internationale de cette bande de soulmen pressés d’en découdre – musicalement –  avec tous les publics, conquis d’avance ou plus froids et rigides. Peu importe le spectateur, il paraît difficile de résister aux arguments apportés par le groupe en live comme en studio. 

Sage Motel, le dernier album en date, en est la parfaite illustration : dix titres, dix joyaux de couleurs différentes mais tous aussi brillants que somptueux. Le disque parfait, si ça existe, avec cette alternance de rythmes et d’ambiances pour découvrir les travers de ce légendaire hôtel des années 1940, visité d’abord par des âmes en peine, des cœurs brisés, des voyageurs égarés… puis transformé en établissement luxueux les décennies suivantes, repaire d’une population hype qui réservait des suites au mois, avant de sombrer lentement, par manque d’argent et de gestion sérieuse, en cloaque où la chambre se louait à l’heure pour des raisons beaucoup moins artistiques comme on peut le voir dans le clip de l’excellent et puissant Warpaint. Le titre parfait pour définir le talent de Monophonics où musicalité, profondeur, puissance et émotion s’épanouissent en toute liberté en une sorte de symbiose jouée en quadriphonie.

Infos pratiques

  • Vendredi 24 octobre à 20 heures au 106 à Rouen
  • Dj set de Barney en ouverture et en clôture
  • Tarifs : de 20 à 6 €
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
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