La construction bien mouvementée d’un cube

Au milieu des Champs-Élysées, Johan Otto von Spreckelsen (Claes Bang) rassure François Mitterrand (Michel Fan) : son « Cube » ne détériorera pas l’allure de l’axe Concorde/Arc de Triomphe/La Défense / Photo : AGAT FILMS, LE PACTE

En 2016, Laurence Cossé nous présentait L’Inconnu De La Grande Arche dans un livre paru chez Gallimard. Aujourd’hui, Stéphane Demoustier met des images sur l’histoire de cet architecte hors norme dans ce film éponyme avoir dans les salles de cinéma mercredi 5 novembre. 

Difficile d’ignorer un monument tel que la Grande Arche, immeuble de bureaux situé dans le quartier d’affaires de La Défense à l’ouest de Paris. Elle a été construite pour être dans l’axe historique parisien, partant de la Concorde jusqu’à la Défense, en passant par l’Arc de Triomphe. Inauguré en 1989 pour célébrer le bicentenaire de la Révolution, ce bâtiment a été baptisé sous le nom de Grande Arche de la Fraternité.

Beaucoup d’entre nous connaissent ce monument et sa raison d’être mais rares sont ceux qui pourraient donner le nom de celui qui en a planifié la construction. En 2016, Laurence Cossé nous en disait plus sur L’Inconnu de la Grande Arche dans un livre méticuleux et nous présentait Johan Otto von Spreckelsen, 53 ans, architecte danois sans agence ni associé, totalement inconnu en France, qui a pourtant remporté le concours lancé par François Mitterrand en 1983.

« Attention, j’ai beaucoup enquêté, nous confie la romancière en présentant son film à Rouen, pourtant je ne dis pas que c’est sa véritable histoire. En tout cas, c’est ma vérité. Et avec son film, c’est au tour de Stéphane Demoustier de nous proposer sa vérité. Et je n’ai pas été déçue.» Le réalisateur confirme  en précisant : « Ce film est une création librement inspirée de faits réels survenus entre 1983 et 1987. Le rôle attribué à l’épouse de l’architecte, les situations de vies privées et les dialogues relèvent de la fiction. »

Une fin inattendue

Résultat, le spectateur jubile en découvrant le charismatique Johan Otto von Spreckelsen et son cube évidé en son centre. Le discret Claes Bang (Guillaume Tell en 2024, Dracula en 2020) lui prête son allure nonchalante et rêveuse en contraste avec une obstination constante amplifiée par une ambition pure. Choisi par le président de la République française, l’homme est certain de pouvoir bâtir l’Arche telle qu’il l’a conçue, avec les matériaux qu’il a sélectionnés. Mais c’est sans compter la réalité financière — oublié le marbre d’Italie —  et la crise politique. Rappelez-vous 1986, François Mitterrand doit partager le pouvoir avec Jacques Chirac qui va remettre en cause l’âme publique du projet. 

On vous recommande vivement d’aller à la rencontre de L’Inconnu de la Grande Arche. L’histoire de son œuvre est passionnante et les comédiens — Claes Bang, bien sûr mais aussi Swann Arlaud en co-architecte, Xavier Dolan en fonctionnaire nerveux, Michel Fau en président indolent — semblent s’impliquer dans leur rôle autant que leurs personnages. Avec en prime, une fin totalement inattendue même si l’on sait que l’Arche est bel et bien là.

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