Dans le quotidien d’une famille tourmentée

Photo : Jean-Louis Fernandez

Vertiges est un huis clos familial. Nasser Djemaï, directeur du théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN du Val-de-Marne, raconte les déchirements et les incompréhensions entre un fils et ses parents et le reste de la fratrie. La pièce se joue les 9 et 10 janvier au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly avec le CDN de Normandie-Rouen, les 12 et 13 février au Préau à Vire

Après la première tournée de Vertiges en 2017, Nasser Djemaï a éprouvé « un sentiment d’inachevé. C’est comme si je n’avais pas complètement terminé mon travail. Il y a certes toujours ce même sentiment avec toutes les mises en scène. On se dit : j’aurais pu faire ça de cette manière ou d’une autre. Cette fois, j’ai l’impression d’être allé au bout de l’écriture et j’ai mesuré le fait d’avoir été autant traversé et transformé par les autres créations comme Héritiers, Les Gardiennes ou Kolizion. J’ai un autre rapport au théâtre, à la scène, aux acteurs ». 

Autre changement : le contexte politique. « C’est effrayant ce qui se joue à l’échelle géopolitique mondiale et au sein de notre propre société qui est criante de confusions. Il est important d’assumer et d’asséner des valeurs républicaines auxquelles je tiens ».

L’auteur, comédien et metteur en scène, directeur du théâtre des Quartiers d’Ivry, a réécrit des extraits de Vertiges, jouée les 9 et 10 janvier au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly et les 12 et 13 février au Préau à Vire. « Le propos reste le même mais prend davantage d’acuité avec cette dimension nouvelle de transfuge de classe ». Le transfuge de classe, c’est Nadir, l’enfant prodige. « Dans la nouvelle lecture, Nadir s’est plus affirmé. Il incarne ce devoir de réussite, cette injonction à la réussite. Et cela ne se fait pas sans heurts ».

Dans un chaos

La quarantaine entamée, l’homme, devenu un mari, un père de deux enfants et un chef d’entreprise, est traversé par des questions existentielles. « Dans sa vie intime, c’est le chaos et il essaie de le masquer ». Alors, pour chercher un certain apaisement dans cette vie intime, il revient au sein de sa famille. Mais il n’est pas simple de retrouver, après une longue absence, une place entre un père malade, une mère, toujours aussi dévouée, une sœur, employée dans la cantine de l’école, et un frère, un jeune diplômé à la recherche d’un emploi. 

Après les joies des retrouvailles ressurgissent les fantômes du passé dans une famille baignée dans deux cultures et blessée par des espoirs déçus. Nadir dira à son père, abîmé par le déracinement : « ce n’est pas mon pays ». « La dimension de l’appartenance est complexe dans une famille. Les personnages ne sont pas tout blancs et tout noirs. J’ai travaillé sur une forme d’anti-manichéisme. J’ai voulu donner à voir cette complexité des situations et dans le rapport à la religion, à la famille et à la vie en général. Consciemment ou inconsciemment, Nadir a rejeté sa culture d’origine. Selon lui, il n’y a plus rien à léguer. Il faut regarder de l’avant et non plus dans le rétroviseur. Mais, pour le père, il reste des choses inachevées qui deviennent des chimères. Le fils, lui, n’a plus la place pour les chimères », explique Nasser Djemaï.

Le metteur en scène teinte Vertiges de couleurs fantastiques et oniriques, non seulement à travers la langue du texte, la sonorisation des voix mais aussi l’atmosphère de la pièce créée par les lumières et la musique. « J’ai malaxé le tout. C’est la pièce la plus proche de moi. C’est également celle qui m’a donné le plus de fil à retordre lors de l’écriture et du montage ».

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