Dans La Musique du hasard, Nashe joue sa vie sur un coup de poker. Après avoir empoché l’héritage de son père, il n’hésite pas à quitter son travail de pompier et sa fille pour sillonner l’Amérique et assouvir sa soif de liberté. En route, il va rencontrer Pozzi, un joueur de poker qui a l’intention de défier un couple de milliardaires. Paul Auster éclaire à nouveau l’âme humaine dans ce roman, publié en France en 1990. Accompagné d’Aude Romary au violoncelle, Malik Zidi lit des extraits de ce livre dimanche 18 janvier à la bibliothèque Oscar-Niemeyer au Havre. Pour le comédien et auteur de L’Ombre du soir, c’est un retour au festival Le Goût des autres où il s’est emparé lors de l’édition 2019 de La Guerre des mondes de Wells avec Limousine. Entretien avec Malik Zidi.
Est-ce que Paul Auster est un auteur qui vous accompagne ?
Non, je ne l’avais jamais lu. Auster fait partie de ces auteurs auxquels on vient un jour ou l’autre. Il est à la croisée de la pensée américaine et européenne. J’aime le côté road movie, un peu cinématographique, de La Musique du hasard et le regard sur la vie de Paul Auster. Dans ce livre, il y a aussi une belle hybridation de styles et un humour parfois caché.
La Musique du hasard raconte l’histoire d’un homme qui part sur un coup de tête.
Oui, il part et assume la fatalité. Il y a un émerveillement dans le lâcher prise, une acceptation du destin. Il roule et sa vie lui revient en flashback. C’est comme une route spirituelle. Dans cette histoire, Paul Auster met du jeu et de l’autodérision. Le personnage le dit : je décide de ma vie comme une balle de pistolet. Mais là, la balle n’est pas la mort mais la vie. Le bang est une détonation pour avancer dans la vie.
Êtes-vous un grand lecteur ?
J’aime lire. Plus vous lisez, plus vous vous rendez compte que vous n’avez pas assez lu. Cela suscite des remises en cause, des questions intimes. Les livres doivent vous convenir comme les vêtements. En fait, c’est une question d’alchimie. Il faut comprendre la voix intérieure et la faire passer. C’est tout l’enjeu lors d’une lecture.
Et pour vous ?
Quand je choisis un livre, je lis les quatre ou cinq premières pages qui doivent me choper ou pas. Parfois, il faut aussi du temps. On a l’impression de connaître ses goûts mais il arrive de se tromper. J’ai souvent lu par nécessité pour combler la solitude. Les livres sont devenus des compagnons de poche. J’ai aussi lu des livres que je n’ai pas compris. Comme des livres de sociologie, même des thèses. Je me dis : de toute façon, ça va laisser des traces. Les livres, ce sont mes amis. Ce sont des objets très importants dont il faut prendre soin.
Est-ce que vous avez vu apparaître les traces dont vous parlez ?
Je vais prendre la métaphore des vêtements. Vous achetez il y a quinze ans une écharpe rouge qui ne vous a jamais plu. Un hiver, par hasard, vous la ressortez et vous la trouvez merveilleuse. C’est la même chose avec les livres. Il y a le moment de la rencontre. Comme la musique. C’est chouette les livres, il y a des liens entre eux. Ils ont leur propre vie. Ils vous lisent aussi. On les garde et on discute avec. J’ai un rapport charnel aux livres.
Vous êtes aussi auteur. Quand s’est imposée l’écriture ?
J’ai voulu me prendre pour Rimbaud. À ce moment-là, je lisais Antonin Artaud, les poètes maudits. J’aime beaucoup l’écriture automatique. Comme celle de Desnos. Je me suis mis à écrire parce que ce fut une pulsion absolue. Je me suis réveillé un matin avec cette phrase : c’était le soir, toujours un soir, des enfants couraient dans le jardin, enfin je crois (les premiers mots de L’Ombre du soir, ndlr). J’ai écrit ensuite sans m’arrêter. Je pense qu’il y a des milliards de livres en nous mais il y en a un suprême. Ensuite, on écrit chaque fois un peu le même.
Vous continuez à écrire.
Oui je continue. J’ai toujours un carnet dans mes poches. Là, j’écris pour mon métier. Je veux réaliser une série. C’est une autre écriture parce qu’il faut tenir le suspense.
Est-ce que vous avez trouvé au Havre — où vous habitez maintenant — un bon port d’attache pour écrire ?
J’ai été impressionné par cette ville. Je suis resté bloqué par son histoire, son décor. Quand je suis arrivé de Paris, je ne me suis pas senti réellement en France. Peut-être en Angleterre. La lumière au Havre est argentée. Il y a quelque chose qui m’émeut. Je m’y sens bien.
Infos pratiques
- Dimanche 18 janvier à 10 heures à la bibliothèque Oscar-Niemeyer au Havre
- Durée : 45 minutes
- Entrée gratuite
- Réservation en ligne
