Dans ce film, tourné à l’automne 2024, L’Étrangère, Gaya Jiji raconte le parcours d’une femme qui trouve la force de se reconstruire après avoir fui la Syrie. Samedi 7 février au cinéma Omnia à Rouen, la réalisatrice sera l’invitée du festival Elles font leur cinéma qui présente trois fictions, trois documentaires et six courts métrages.
Selma n’avait pas d’autres choix. Elle devait fuir son pays, la Syrie. Elle laisse son mari disparu dans les prisons et son fils, Rami. La voilà à Bordeaux où elle enchaine les petits boulots et tisse le fil d’une nouvelle vie loin de sa famille et de ses amis en essayant de garder espoir. Un espoir nourri de la rencontre avec un avocat qui l’accompagne dans des démarches administratives afin d’obtenir le droit d’asile et de faire venir son garçon.
Selma, jouée par Zar Amir Ebrahimi, est L’Étrangère, le titre du deuxième film de Gaya Jiji. « Elle est une femme à la fois fragile et forte. Pour moi, c’est une guerrière. Plus on lui met des barrières devant elle, plus elle avance. Elle est optimiste. Et cet optimisme lui permet de se réinventer ». La réalisatrice qui présente son long métrage en avant première samedi 7 février au cinéma Omnia à Rouen raconte l’exil, un sujet d’une tragique actualité.
Il y a une part autobiographique dans L’Étrangère. Gaya Jiji connaît l’exil. Elle est partie de Syrie en 2014. « J’ai laissé mon pays derrière moi et cela m’a marquée. Contrairement à Selma, je venue dans un pays que je connaissais assez bien puisque j’ai suivi mes études de cinéma à Paris au début des années 2000. Mais lorsque j’étais étudiante, je savais que je pouvais rentrer. En 2014, je savais aussi qu’il n’y aurait pas de retour. Il y avait eu la guerre pendant quatorze ans. J’avais sorti mon premier film, Mon Tissu préféré, assez politique. J’avais peur de revenir. Aujourd’hui, la situation ne s’est pas arrangée même si le régime est parti. Le pays se transforme en un pays conservateur et on sait d’où viennent les gens qui le dirigent ».
Une part intime
Pour écrire ce film qui sort dans les salles le 17 juin, Gaya Jiji a effectué tout un travail documentaire. « Je n’ai pas fait le voyage de Selma. Alors j’ai récupéré beaucoup de témoignages de femmes qui sont parties seules de la Syrie en laissant leurs enfants. Parce qu’emmener les enfants, c’est leur faire prendre le risque d’un voyage dangereux, fatigant et marquant ». Dans L’Étrangère, Gaya Jiji révèle la part émotionnelle animée par l’exil. Ces sentiments, la cinéaste les a ressentis. « Quand on quitte son pays, il y a toujours une partie de soi que l’on doit tuer pour pouvoir continuer à vivre. C’est un chemin à prendre. Les souvenirs d’enfance, d’adolescence doivent rester là-bas ».
Gaya Jiji rappelle ainsi la signification du mot, étrangère. « L’exil nous fait devenir étrangère aux autres et à soi-même ». Selma doit alors être d’autant plus courageuse pour non seulement survivre à ce voyage la conduisant jusqu’en France mais aussi pour se confronter à un deuxième voyage qui sera émotionnel. C’est pour cette raison que Gaya Jiji a choisi le cinéma. « Faire des films, c’est transmettre ce que l’on a vécu et montrer cette partie intime que les médias ne montrent pas ».
Infos pratiques
- Samedi 7 février à 20h30 au cinéma Omnia à Rouen
- Tarif : 6,50 €, 4,90 €
- Programme du festival Elles font leur cinéma
- Réservation en ligne
- Aller au cinéma en transport en commun avec le réseau Astuce
