P.R2B : « aller à un concert, c’est aller vers l’optimisme »

Photo : Olivia Schenker

Après avoir dressé son portrait dans un premier album autobiographique, Rayons Gamma, P.R2B, Pauline Rambeau de Baralon, a regardé le monde avec une certaine acuité, partagé des expériences et des conversations dans Presque Punk. C’est dans les Cévennes, loin des tumultes, qu’elle a composé et écrit ce nouveau disque. Certes les angoisses profondes sont présentes mais elle invite à arrêter le temps pour profiter du présent, ne pas travailler pour écouter de la musique, quitter les réseaux sociaux pour rechercher une vérité. Tout un chemin à emprunter sur des rythmes rock et électro pour aller vers le rêve et la joie. P.R2B convainc par la justesse de ses chansons et l’intensité de son interprétation. Elle est en concert jeudi 12 février au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Entretien. 

Pour écrire ces treize titres, on devine que vous avez observé, écouté autour de vous. Est-ce que cet album est un arrêt sur une image d’aujourd’hui ?

Je ne sais pas si c’est un arrêt sur image. Là où je vous rejoins c’est que j’ai voulu fixer des choses. Cet album n’est pas un journal de bord mais plutôt un journal de mutation. L’idée est venue d’un mouvement et j’ai souhaité laisser une trace.

Y avait-il une urgence à écrire cet album ?

Oui, c’est venu d’une urgence et d’un temps trouvé. Cet album est arrivé à la suite d’un autre. Bien sûr, je ne voulais réécrire le même. Dans celui-ci, j’ai voulu me confronter à des choses que j’avais dites : ne plus vivre à Paris, ne plus être dans le gris et le froid, être dans la joie, mettre de la distance entre ce que je rêvais et ce que je vivais. J’avais besoin de retrouver du concret dans ma vie. Je me suis permise d’aller dans les Cévennes pour écrire. L’urgence était là, d’être dans une pensée réelle et concrète, être dans le présent.

Comme vous le chantez, était-ce aussi pour retrouver du sens dans ce monde ?

Oui, il y a l’idée d’un monde qui a perdu son sens et des gens qui veulent en retrouver. Avec mes amis, nous nous questionnons beaucoup. Qu’est-ce que je fais ? Pourquoi est-ce que je fais ce travail ? Quelle est ma place ? Ce sont des questions communes à beaucoup de personnes parce qu’il est difficile de tenir la route. Et ce n’est pas retrouver du sens seulement pour soi.

Vous soulignez aussi l’importance notamment de retrouver du sens dans le monde du travail.

C’est venu de plusieurs observations. Ce sont des choses que j’ai pu conscientiser. Par ailleurs, j’avais envie de sortir des mécanismes de la chanson évoquant l’amour avec ces phrases toutes faites comme Je t’attends ou tu me manques. Cela peut être magnifique mais à qui parle-t-on ? L’adresse et la temporalité sont de véritables interrogations. Tout d’un coup, le travail est un sujet qui est revenu. Il occupe une grande partie du temps. Quel sens on lui donne ? Quelle est la place de la machine ? Que sont ces grands espaces sans murs où l’on ne se voit pas ?

Vous invitez tout le monde à ne pas travailler et à écouter de la musique.

La musique est un refuge et un espace de partage. Elle s’incarne par le corps. Je danse toujours dans mon salon ou dans ma chambre. C’est pour cette raison que les concerts restent très importants dans ma vie et que je ne pose pas de distance entre le public et l’artiste. Un concert est un dialogue avec le public. À chaque fois, je renoue le dialogue. De là naissent des sensations. Il y a toujours de la joie dans les salles de concert. On peut se dire des choses merveilleuses et pleines d’espoir. Finalement, aller à un concert, c’est aller vers l’optimisme.

Il y a aussi une notion à laquelle vous tenez, c’est la vérité. Pourquoi ?

Je viens d’un monde et d’une génération qui parlent peu. Or il faut réécouter la parole et pas seulement une parole. Il ne peut y avoir un seul point de vue. Lorsque je suis venue vivre dans les Cévennes, je me suis préparée à vivre dans le silence. Ce que l’on entend, ce ne sont pas des bruits mais différents langages. Cette région offre des espaces pour écouter. C’est une expérience physique.

Votre album commence par des murmures. Avez-vous imaginé ce moment comme une invitation à écouter ?

Je suis une personne qui bouge beaucoup. Je suis comme un lutin qui saute partout. J’avais cette intuition qu’il fallait apporter une matière dense et arriver en hurlant. Ce qui m’intéresse maintenant c’est de savoir ce que le corps ressent lorsqu’il écoute. D’où l’idée du murmure. Là, le corps va devoir se tendre pour écouter. Il va se lever pour peut-être danser. J’aimais beaucoup cette idée.

Cet album a pour titre Presque Punk. Pour pas punk totalement ?

Presque punk est comme un oxymore. C’est un chemin dans lequel je m’inscris. Ce mouvement me porte mais je ne suis pas punk. Je suis éditée chez Sony qui n’est pas dans une économie punk. Même si ce mouvement m’importe par ses codes, cela aurait été de la malhonnêteté d’affirmer être punk.

Infos pratiques

  • Jeudi 12 février à 20h30 au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen
  • Première partie : Chambre 317
  • Tarifs : de 22 à 5 €
  • Réservation au 02 35 73 95 15 ou en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
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