Charlotte Lagrange dirige Le Préau

Les lieux ont toujours été importants pour Charlotte Lagrange. Ils influencent son écriture. Son arrivée au Préau, CDN de Normandie-Vire est une nouvelle étape dans le travail de création de l’autrice, metteuse en scène et dramaturge. Elle succède ainsi à Lucie Berelowitsch au poste de direction.

Un préau, Charlotte Lagrange le définit comme « un endroit, ouvert à toutes et à tous, où il est possible de se réfugier, de regarder les tumultes du monde. Il est aussi un espace de rassemblement joyeux. » C’est avec cette image que l’autrice et metteuse en scène a écrit son projet de candidature à la direction du Préau, CDN de Normandie-Vire. Une image cohérente avec sa manière d’écrire le théâtre. Pour la fondatrice de la compagnie La Chair du monde, pas de création sans rencontres. Son travail est toujours ancré dans un territoire, considéré comme « un laboratoire. L’écriture est liée à la rencontre. Je pars de la rencontre et je me laisse traverser par elle pour trouver le sujet. » Le bocage sera donc « un point de départ pour créer. » Désormais installée en Normandie, cette originaire de Strasbourg regardera également ailleurs. « L’intermittence, c’est l’itinérance. Je ne vais pas ne pas bouger. » Une image cohérente aussi avec sa façon de faire du théâtre. La metteuse en scène n’hésite pas à organiser quelques répétitions à l’extérieur du théâtre. « Il faut être dedans et dehors, être dans la ville. »

Depuis le 1er janvier 2026, Charlotte Lagrange dirige Le Préau. Elle insiste : un centre dramatique national « est un endroit de service public qui a une mission large, à la fois sociale et artistique. » Sociale parce qu’il est « l’endroit des publics. » Artistique bien évidemment puisqu’il « n’est pas un diffuseur comme les autres mais une maison de création. Je veux accompagner mes pairs. Lorsque l’on est artiste, il nous arrive d’être isolé. Il est donc important de nouer des liens. Je souhaite une maison de création en ébullition. Ça doit vibrer. »

Une troupe permanente et sept artistes associés

La nouvelle directrice du Préau place le théâtre à la croisée des différentes disciplines artistiques. La saison prochaine, elle proposera une programmation plurielle. Là, elle s’inscrit dans l’histoire du théâtre qui fête ses 30 ans en 2026. « Il n’y a aucune raison de tirer un trait dessus. » Charlotte Lagrange souhaite « être un relai pour les compagnies régionales », nouer des liens avec les autres équipements culturels de la ville et préserver ceux déjà tissés avec les réseaux existants, comme PAN (Producteurs associés normands), et les festivals, tels que Spring.

Un seul festival marquera la future programmation. « Je préfère mettre toutes les forces pendant la saison et un gros coup de projecteur sur un événement. » Le festival, c’est ADO qui « reprend en fait le nom qu’il n’a jamais vraiment perdu. L’adolescence est un âge qui me passionne. C’est un âge politique. Les adolescents ont beaucoup à dire. Nous sommes aussi toutes et tous des ados. Le festival sera fait pour et par eux. Il y aura un groupe d’ambassadeurs et peut-être un jour un groupe de programmateurs qui pourra intervenir à d’autres moments de la saison. »

Charlotte Lagrange arrive avec une troupe permanente, composée d’Olive Malleville et Mathias Bentahar. Non seulement la comédienne et le comédien jouent dans les spectacles de la metteuse en scène mais ils seront présents sur le territoire pour « revenir aux sources de l’éducation populaire ». Charlotte Lagrange a aussi invité sept artistes associés évoluant dans diverses esthétiques : Alice Laloy, Julie Duclos, Constance Larrieu, Hakim Bah et Valérian Guillaume. Il y a deux Normands : Eva Doumbia qui s’interroge sur l’histoire coloniale et Simon Falguières, fabuleux conteur d’histoires épiques et intimes. 

Un engagement

Aujourd’hui, à un moment où fondent les financements alloués au milieu culturel, diriger une structure culturelle relève du combat. Charlotte Lagrange s’est interrogée. « Est-ce que cela ne sera pas trop difficile ? En fait, la question se pose à moitié. Il faut défendre doublement cet endroit protégé qui est un lieu de création. Pour les compagnies, c’est un acte militant. Je n’oublie pas les difficultés qu’elles traversent. »

Dans ce geste politique, il y a l’écriture. « Je ne souhaitais pas être autrice », confie la directrice. La mise en scène l’importait. Pour Charlotte Lagrange, l’une ne pouvait aller sans l’autre parce que l’une avance avec l’autre. « C’est un aller-retour. Quand j’écris, je me mets dans l’état d’un acteur, dans l’état d’improvisation. J’ai besoin du plateau pour affirmer la langue. Au Préau, je veux désacraliser le rapport à l’écriture. Elle est à la portée de tout le monde. La langue française est certes une langue un peu inhibante mais j’ai vu cette langue se transformer ».

Pour se présenter au public, Charlotte Lagrange reprendra au mois de juin L’Araignée, un des textes emblématiques à côté de Désirer tant, Les Petits Pouvoirs, L’Âge des poissons. « C’est un monologue que j’ai dans la peau. » Cette pièce de théâtre, fruit d’un travail auprès de jeunes primo-arrivants, est l’histoire d’une employée de l’aide sociale à l’enfance prise dans les méandres d’un système absurde censé accompagné les personnes réfugiées.

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