Émile Sornin a une nouvelle fois gardé une approche ludique de la musique. Melchior vol.1, sorti en novembre 2025 avec Forever Pavot, s’écoute comme la bande son de l’histoire d’un homme qui regarde de manière singulière le monde. Un homme ? Pas tout à fait. Melchior, qui donne son nom au titre du disque, est un automate avec une voix métallique, un visage proche de celui de C-3PO dans Star Wars, deux mains gauches. Ce nouveau complice de Forever Pavot, toujours bien sapé, compose et joue de la musique, écrit des textes et chante. Il a également la charge d’animer les réseaux sociaux du groupe. Avec Melchior, Forever Pavot surfe sur une pop minimaliste, surréaliste et cinématique, avec de multiples trouvailles réjouissantes. L’élégance et l’humour sont sont là. Suivre Melchior, c’est s’aventurer dans un univers facétieux. Forever Pavot est en concert vendredi 20 mars au Tetris au Havre et samedi 30 mai au Fury défendu à Rouen. Entretien avec Émile Sornin.
Depuis combien de temps pensez-vous à composer un album avec un automate ?
J’aime la bidouille. L’idée de construire un automate a mûri pendant un certain temps. Cela fait dix ans que je compose des albums. Changer ma façon de faire, c’est comme mettre à nouveau dix balles dans le compteur. On repart et on change en même temps la couleur musicale. Sans non plus prendre un grand virage. J’avais envie de retrouver un certain amusement, comme un ado qui veut recréer un nouveau groupe.
Qu’est-ce qui vous a donné le goût du bricolage ?
Je dis que je bidouille mais ce n’est pas complètement vrai. Pour construire Melchior, je me suis fait aider par Jonas Euvremer, un copain qui est beaucoup plus bricoleur que moi. Je suis davantage dans la direction artistique. Pour moi, la musique, c’est de la bricole. Je n’ai jamais eu de formation théorique et technique de la musique. Le bricolage, c’est ma manière de composer. J’empile des couches. Il y a quelque chose de ludique. À 40 ans, j’ai gardé mon âme d’enfant. Comme je suis aussi un peu un geek, je cherche tout le temps. J’aime m’amuser et je veux garder ce côté naïf dans la création de la musique.
Melchior vous a alors donné un nouvel élan.
Il a eu l’idée de fabriquer le disque avec moi. Dans ce travail, Melchior a été mon garde-fou. Il a pensé à faire de nouvelles choses. Jusqu’alors, il y avait beaucoup de couches dans mes titres, des clavecins, des cordes… Il m’a poussé dans une direction plus synthétique afin d’être plus lisible. Il m’a montré qu’il était possible d’alléger la musique. C’est mon acolyte mais c’est lui le cerveau. Il décide et je suis son esclave. Il a écrit et composé. Il chante. On entend sa voix avec la mienne, avec celle aussi de Lispector et Kumisolo dans les featurings.
Qu’est-ce que Melchior avait envie de raconter dans cet album ?
Melchior a voulu raconter le monde d’aujourd’hui avec sa sensibilité et sa poésie. Il fait quelques clins d’œil à l’IA mais il est tout l’inverse de l’IA.
Est-ce un chouette copain ?
Il a son caractère. Néanmoins, entre nous, il y a une vraie histoire d’amitié. J’appelle cela une bromance. Pendant la phase de composition, nous avons beaucoup échangé. Il proposait des mélodies et je lui répondais.
Votre musique a toujours eu un lien étroit avec le cinéma. Dans Melchior vol.1, vous ajoutez quelques bruitages et vous lui ajoutez une ambiance de dessin animé.
Il y a toujours ce côté bruitage. Je viens du hip-hop, des samples — j’ai aussi une autre culture : garage, métal et punk. Le bruitage, je l’ai piqué au hip-hop. On en entendait en plein milieu des morceaux. Tout comme des bouts de films. Cela rend la musique encore plus visuelle. Pour cet album, j’ai en effet amplifié le côté cartoonesque. Melchior a aussi un côté cartoon. Ce sont des collages sonores de synthés et de bruitages. Nous étions comme des savants fous à la recherche de pièces sonores. Cela rend les morceaux presque burlesques.
Melchior assure aussi la promotion de l’album.
Oui, c’est lui qui est présent sur les réseaux sociaux. Maintenant, on nous demande beaucoup de nous filmer pour appeler nos followers à nous suivre et à prendre les places de concert. Je n’ai jamais été très à l’aise avec cela. Moi qui avais mis la vidéo un peu de côté, Melchior m’a stimulé et redonné envie d’en tourner. Il est hyper inspirant. Il fait des blagues. Il présente ses disques favoris. Il a aussi inspiré la pochette de l’album.
Comment avez-vous préparé la tournée ?
Nous avons fait une résidence. Comme à chaque début de tournée pour la préparation technique. Melchior était là pendant les répétitions. Il chante sur certains morceaux. Il parle au public. Tout prend forme au fil des dates. C’est bien, il ne réagit pas de la même manière lors des concerts. Parfois, ça marche et c’est drôle. Parfois, ça ne marche pas et c’est drôle aussi.
Quelle est vraiment votre place maintenant ?
J’ai une nouvelle place. Celle de chanteur me convient moyennement. Là, je suis plus en retrait. J’ai une autre manière d’amener le chant dans la musique. J’utilise une voix vocodée.
Ne craignez-vous pas que Melchior entame une carrière en solo ?
Je ne sais pas. Là, nous sommes bien contents d’être en quatuor. Un jour, il mènera peut-être sa vie comme cela l’enchante.

Infos pratiques
- Vendredi 20 mars à 20 heures au Tetris au Havre. Concert avec The Mystery Lights et Jessica93. Tarifs : 16 €, 12 €. Réservation au 02 35 19 00 38 ou en ligne
- Samedi 30 mai au Fury défendu à Rouen
